Last call

L'hiver approche, les ressources se font rares, et ces actées à grappes - les dernières à fleurir - sont une aubaine pour les guêpes, moustiques, fourmis, coccinelles, mouches et autres insectes du jardin  

Last call
Last call

Un 14 octobre dans le boisé du Tremblay

Du charme de Caroline, du houx verticillé, du bident penché, du concombre grimpant et des chiens sans laisse.

Charme de Caroline
Houx verticillé
Bident penché
Concombre grimpant

De l'if aux taxanes

If du Japon
Taxus x media, une variété d'if ornementale, est le produit de l'hybridation entre l'espèce européenne Taxus baccata et l'espèce asiatique Taxus cuspidata. Les ifs sauvages sont classés en 24 espèces, toutes situées dans l'hémisphère nord. Deux d'entre elles sont utilisées pour produire des substances antitumorales, l'if de l'Ouest (T. breviata) en Amérique et l'if commun (T. baccata) en Europe. Toute la plante est toxique à l'exception de l'arille, la partie rouge et charnue du fruit.
Si l'if symbolisait pour les peuples celtiques et germains la pérennité de l'âme dans la mort (un symbolisme qui s'est transmis jusqu'à nos jours par l'utilisation ornementale des ifs dans les cimetières), jamais il n'a été utilisé pour soigner. Au contraire, sa toxicité était déjà bien connue et Jules César rapporte que les gaulois enduisent de son suc la pointe des flèches qu'ils destinent à leurs ennemis.
Le potentiel thérapeutique de l'if ne fut découvert que dans les années 60, aux États-Unis. À cette époque, le National Cancer Institute (NCI) se lance dans un ambitieux programme de recherche visant à découvrir de nouvelles molécules anticancéreuses. Il est question de passer en revue la cytotoxicité des molécules déjà répertoriées, puis celle d'extraits végétaux et animaux dans un second temps.
À partir de 1960 , des botanistes du United States Department of Agriculture collaborent au projet en récoltant des échantillons de plantes à travers les États-Unis. Les échantillons sont envoyés à l'Alumni Research Foundation qui prépare les extraits bruts avant de les distribuer aux différents laboratoires chargés de tester leur cytotoxicité sur des lignées de cellules tumorales. Les extraits montrant une activité sont ensuite fractionnés, afin d'identifier et d'isoler le principe actif.
En 1962, deux chercheurs américains du Research Triangle Institut, les docteurs Monroe E. Wall et Mansukh C. Wani, obtiennent des résultats positifs avec un extrait d'écorce d'if de l'Ouest (Taxus breviata) récolté dans l'État de Washington.
En 1966, ces mêmes chercheurs parviennent à isoler le principe actif de l'extrait, Ils le nomment Taxol®, car ils n'ont identifié à ce moment que quelques groupes hydroxyles (OH) de la molécule et qu'il est d'usage d'accoler le suffixe "ol" au nom latin de la plante: Tax(us)-(alco)ol.
Taxol® est aujourd'hui le nom d'une marque déposée par la compagnie Bristol-Myers-Squibb. Son nom générique est le paclitaxel.
En 1971, la structure chimique complète est enfin déterminée - une autre molécule semblant plus prometteuse avait accaparé entre-temps l'attention des chercheurs - et le paclitaxel est envoyé au NCI pour appronfondir sa toxicologie et ses effets thérapeutiques sur des modèles animaux, avant de passer aux essais cliniques sur l'humain.

Le paclitaxel fait partie des taxanes, des molécules complexes de la classe des terpènes comme seul le métabolisme sait en fabriquer.

Molécule dessinée par Calvero (avec ChemDraw) [Public domain], via Wikimedia Commons

En 1978, les différentes études donnent d'excellent résultats et en 1979, la docteure Susan Horwitz, pharmacologue moléculaire, élucide le mécanisme d'action du Paclitaxel.
Le paclitaxel est un antimitotique; il bloque la division des cellules et,  par conséquent, la prolifération des cellules cancéreuses. Aujourd'hui, le paclitaxel est prescrit pour lutter contre certains cancers, en particulier ceux du sein et de l'ovaire. On l'utilise également pour imprégner les prothèses vasculaires (stents) placées à l'intérieur des vaisseau sanguin  (angioplastie) pour préserver leur ouverture et le passage du sang. Le paclitaxel empêche la colonisation des stents par les cellules de la paroi des vaisseaux sanguins.
La principale difficulté à laquelle se heurtent les scientifiques est l'approvisionnement en if. En effet, les premières tentatives de purification ont nécessité 12 kg d'écorce pour obtenir 0,5 g de paclitaxel. Or, chaque arbre fournit en moyenne 2 kg d'écorce et pour traiter tous les cas de cancer de l'ovaire, les estimations indiquent qu'il faudrait abattre 360000 arbres. L'if étant un arbre à croissance très lente, force est de constater qu'il ne suffira pas à la demande.  Par ailleurs, les environnementalistes commencent à s'inquiéter de cet intérêt soudain de l'industrie américaine pour l'if de l'Ouest et des  voix s'élèvent pour dénoncer la menace que fait peser sa surexploitation sur l'environnement.

Taxus x media

La solution au problème vient d'Europe où une équipe de chercheurs de l'Institut de chimie des substances naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette, dirigée par le docteur Pierre Potier, découvre un précurseur du paclitaxel dans les aiguilles de l'if européen (Taxux baccata). La 10-désacétylbaccatine III (10-DAB) y est non seulement présente en grande quantité, mais les aiguilles sont une ressource renouvelable et non destructive pour l'arbre. Poursuivant leurs travaux, ils réussissent à développer un procédé d'hémisynthèse et obtiennent différents dérivés du paclitaxel, dont le docétaxel (Taxotère), beaucoup plus actif que son homologue naturel.
En 1992, soit 30 ans après sa découverte, la première formulation du paclitaxel est approuvée par la Food and Drug Administration. L'autorisation sera obtenue en 1994 pour le docétaxel.
Depuis quelques années, le paclitaxel n'est plus extrait de l'écorce de l'if, mais produit par fermentation bactérienne. La synthèse complète de la molécule a également été réalisée, mais les rendements du procédé sont médiocres.
La découverte des taxanes est un excellent exemple de ce que la science, notamment la chimie organique, la toxicologie et la pharmacologie,  a apporté au traitement des maladies. D'une plante délaissée par les herboristes pour sa toxicité, elle a fait un puissant agent thérapeutique contre le cancer.   

Du saule à l'aspirine

Deux mille ans avant notre ère, les sumériens prenaient déjà de l'écorce de saule en décoction ou en poudre pour soigner la fièvre et la douleur. Les feuilles et les châtons étaient également utilisés pour les mêmes raisons en Chine, en Amérique précolombienne, en Afrique du Sud et en Europe. Cette usage s'est maintenu jusqu'à l'invention de l'aspirine, vers la première moitié du 19ème siècle.
En 1825, le pharmacien italien Francesco Fontana fut le premier à attribuer le goût amer d'un extrait de saule blanc (Salix alba) à un composé qu'il nomma la "salicina" et qui fut traduit en français par salicine ou salicyline.
Trois ans plus tard, l'Allemand Johann Büchner l'isole sous la forme de quelques cristaux blanchâtres, suivi en 1829 par le pharmacien parisien Pierre-Joseph Leroux. Ce dernier obtient une trentaine de grammes de salicine à partir d'un kilo et demi d'écorce et teste avec succès ses propriétés fébrifuges sur des malades des hôpitaux de Paris.

Rameau de saule
En 1835, le chimiste allemand Karl Jacob Löwig extrait un composé de la Reine-des-Prés (Filipendula ulmaria) qui sera identifié quatre ans plus tard comme étant l'acide salicylique, par le chimiste et pharmacien français Jean-Baptiste Dumas.
Entre temps, Raffaele Piria, qui étudie la chimie avec Dumas, obtient de l'acide salicylique à partir de la salicine selon un procédé qui porte aujourd'hui son nom: la réaction de Piria.
De leur côté, les américains parviennent à isoler l'acide salicylique à partir de la Gaulthérie (Gaultheria procumbens). La plante était déjà utilisée pour obtenir l'essence de Wintergreen, une huile essentielle qui servait à soigner les rhumatismes et les infections. Son parfum caractéristique sera utilisé plus tard en parfumerie et dans l'industrie alimentaire, notamment pour donner ce goût caractéristique de "chlorophylle" à la gomme à mâcher, qui aujourd'hui est obtenu de façon synthétique. L'huile essentielle de gaulthérie est en fait composée de plus de 90 % de salicylate de méthyl qui peut être transformé en acide salicylique selon une réaction chimique découverte en 1840.
 
La salicyline (le cycle carboné à gauche de la liaison "O"xygène) n'est que l'un des salicylates synthétisé par l'écorce de saule, qui produit également de la salicortine, de la fragiline, de la populine, du saliréposide et de la trémulacine. Dans la plante, elle est le plus souvent combinée à un sucre (le cycle à droite de la liaison "O"xygène).
Dans les extraits d'écorce de saule commercialisés, la salicyline, ou salicine, fait référence à l'ensemble des salicylates et de leurs dérivés.
La teneur en salicyline varie selon les espèces de saule et leur condition de croissance. Elle représente 0,5 à 1 % du poids sec de l'écorce de Salix alba, 1 à 10 % de Salix fragilis, 2 à 10 % de Salix daphnoides et 4 à 8,5 % de Salix purpurea.



En 1853, le chimiste français Charles Frédéric Gerhardt réalise une première synthèse de l'acide acétylsalicylique, un dérivé au goût beaucoup moins amer et moins irritant pour l'estomac. Malheureusement, le produit est impur et se dégrade rapidement à la chaleur. La molécule tombera dans l'oubli pendant une quarantaine d'années.

L'acide salicylique, ou acide 2-hydroxybenzoïque, est un composé produit naturellement par quelques végétaux comme le saule ou la reine-des-prés. Il a des propriétés analgésiques et antipyrétiques, mais aujourd'hui on l'utilise essentiellement pour ses propriétés astringentes et kératolytiques dans les préparations dermatologiques. Il sert également de conservateur alimentaire.
En 1859, le chimiste allemand Hermann Kolbe réussit à synthétiser un acide salicylique stable et son dérivé, le salicylate de sodium, qui permettent d'envisager une production industrielle. Quelques années plus tard, en 1874, la première usine est inaugurée à Dresde.
Dès lors, les succès médicaux remportés par l'acide salicylique, la salicyline et le salicylate de sodium dans le traitement des fièvres récalcitrantes et des rhumatismes articulaires rendent ces substances rapidement populaires. Elles présentent néanmoins l'inconvénient d'être extrêmement amères et de provoquer, à la longue, de graves brûlures d'estomac. Par ailleurs, leur production reste dépendante de l'approvisionnement en matière première.
Il faut attendre l'année 1897 pour que Felix Hoffman, un chimiste employé par la compagnie Bayer, reprenne les travaux de Gerhardt et parvienne à produire un acide acétylsalicylique stable, au goût acceptable et aux effets indésirables moins marqués. Ce composé sera breveté et commercialisé par Bayer sous le nom d'Aspirin à partir de 1899.

Acide acétylsalicylique
Depuis, l'aspirine a remplacé l'écorce de saule pour soulager la fièvre, la douleur et l'inflammation, et elle est devenue un des médicaments les plus vendus dans le monde. Outre ses effets antipyrétiques, antiinflammatoires et antalgiques, on lui a découvert dans les années 60 des effets anticoagulants par inhibition de l'agrégation plaquettaire.

Le boisé du Tremblay est mort...

Vive le parc municipal du Tremblay !
Ce qui était un lieu délaissé par l'agriculture et renaturalisé, ce qui était un espace à soustraire à la convoitise des promoteurs immobiliers, ce qui était un réservoir à moustique pour les riverains, une "dump" pour les jardiniers du dimanche et une mosaïque de milieux naturels (marais, boisé, prairie) à préserver pour les naturalistes, ce qui était une "jungle" inhospitalière pour le banlieusard et un havre de paix pour les "sauvages", est finalement devenu un parc municipal où joggeurs, cyclistes et promeneurs de chiens pourront bientôt venir satisfaire leur instinct grégaire.
Le boisé en demandait-il autant ? Pas sûr.
Mais qu'on se rassure, d'après le communiqué de presse, tout cet abattage d'arbres, ce défrichage, ce tracé d'avenues, cet apport de toile géotextile et de tonnes de gravier, ce coulage de béton, cette installation de bancs publics et de passerelles monumentales en bois traité, tout cela a été fait dans le respect de l'environnement.
Apparemment, tout le monde n'a pas la même conception de l'écologie. Longueuil n'est pas Nature Action Québec et force est de constater que les moyens des uns (environ 2 millions de dollars canadiens) ne font pas aussi bien que la volonté des autres (voir Boisé du Tremblay dans la liste des sujets ci-contre). 

Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
Boisé du Tremblay
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Boisé du Tremblay
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Boisé du Tremblay
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Traces d'animaux du Québec, le livre

Je ne sais pourquoi j'ai autant attendu avant d'acheter ce guide de Mark Elbroch édité par Broquet. Il est bien fait, très bien illustré et rempli d'explications très utiles. Tous les types de traces laissées par les animaux du Québec y sont abordés, des empreintes de pattes aux excréments en passant par les poils et les marques de broutage, laissés sur les végétaux.
Le seul reproche qu'on peut lui faire, c'est de nous inciter à aller sur le terrain pour le mettre à l'épreuve...un moindre mal.
Personnellement, je l'ai étrenné, il y a quelques semaines, en Gaspésie pour identifier ces fèces d'orignal, probablement estivales.
En fait si, je sais pourquoi. Si je m'écoutais, je les aurais tous.

Orignal

Cerisier tardif

Cerisier tardifCerisier tardif

Parc national de la Gaspésie

Le parc national de la Gaspésie a été créé en 1937 pour préserver les paysages et la faune des monts Chic-chocs, une fonction qui n'est vraiment devenue effective qu'au début des années 80. Dans l'intervalle, l'exploitation forestière à outrance sous un climat et à une altitude qui retardent la régénération de la forêt est venue à bout du refuge du caribous des bois. La destruction de son habitat, la chasse, la mise en place d'un nouvel écosystème favorisant ses prédateurs (l'ours et le coyote) et ses concurrents (le cerf de Virginie et l'orignal) ont acculé au bord du gouffre, les derniers représentants de ces cervidés au sud du Saint-Laurent. Il n'en reste plus que 150 environ.

DSCN5082
Au cœur du parc, devant le gîte du Mont-Albert, un bloc erratique a été élevé au rang d’œuvre d'art.
On peut y lire cette épitaphe...
Lac aux Américains et Mont Albert

Vu du mont Xalibu, rien ne semble pouvoir perturber ce paysage figé dans le roc, à l'exception des ombres mouvantes des nuages et des couleurs changeantes des saisons. Et pourtant...
Il y a 540 millions d'années ces sommets faisaient le fond de Iapéthus, un océan tropical. Leur érection fut le résultat d'une série de collisions entre le continent Laurentia et les continents Avalonia d'abord, Baltica et Gondwhana ensuite. L'accrétion de ces continents commença 450 millions d'années auparavant et se termina il y a 300 millions d'années avec la création de Pangée. Depuis, la chaîne des Appalaches, soumise au raclement des glaces et au ruissellement des eaux, n'a cessé de s'éroder.
La flore et la faune, telles que les tout premiers colons européens les ont connues, commencèrent à s'implanter il y a 13000 ans, à la suite du retrait des derniers glaciers (voir l'encadré à la fin du billet). Aujourd'hui, si les espèces végétales et animales sont plus ou moins les mêmes que celles que nos ancêtres baptisèrent, leur équilibre a été radicalement modifié par la révolution industrielle et les 175 dernières années d'occupation du territoire.

Lac Caplan

Les montagnes ne sont jamais bien hautes dans les Appalaches; le point culminant de la Gaspésie ne dépasse pas 1270 mètres. Mais, comme se plaisent à le répéter les guides touristiques, chaque mètre grimpé à cette latitude équivaut à parcourir un kilomètre vers le nord et en quelques heures de randonnée, on passe de la sapinière à bouleau blanc (entre 300 et 600 m) à la sapinière à épinette (entre 600 et 700 m), puis à la toundra alpine.

Rivière Sainte-Anne Chute Sainte-Anne Rivière Sainte-Anne Sapinière à bouleau blanc

Au fond des vallées creusées par les rivières à saumon, les sapins baumiers sont avares de leur lumière et le marcheur doit se tailler un chemin dans leur ombre. De temps à autre, un bouleau blanc, un érable rouge ou une colonie de thuyas de l'Ouest parvient à rompre l'ennuyeuse pureté du peuplement.

Mont Xalibu Lac Bouliane et Lac Perré Mont Jacques-Cartier Les chic-chocs

Plus haut, la lumière n'est plus un problème. C'est la température aidée par le vent qui dicte sa loi, obligeant la végétation à s'y soumettre ou à périr. Dans la zone de transition, l'étage subalpin et alpin, les arbres se font tout petits et l'épinette se substitue au sapin. Au sommet, ils n'ont même plus le droit de cité. Ici c'est le domaine de l'arbuste nain, de l'herbe rase et du lichen.
Rien n'a vraiment changé depuis le retrait des glaciers, il y a environ 13000 ans. Seuls le réchauffement climatique et quelques promeneurs peu scrupuleux qui sortent des sentiers malgré les mises en garde, menacent la toundra et les plantes rares qu'elle abrite;  certaines ne se trouvant que loin ailleurs dans les Rocheuses ou en Arctique


Quatre-vingt quinze pour cent du territoire gaspésien est boisé, mais il ne faut pas se leurrer: la jolie mosaïque de verts que l'on peut contempler à partir des sommets a été dessinée en grande partie par les bûcherons et les incendies d'origine humaine dans 97 % des cas.
Aujourd'hui, dix-sept pour cent des arbres seulement ont 90 ans et plus - les deux tiers en ont 50 et moins - et on doit le vert tendre des paysages à la repousse de feuillus opportunistes et intolérants à l'ombre comme le peuplier faux-tremble, les bouleaux et les érables. À une autre époque, avant la révolution industrielle, c'est le vert foncé des résineux qui dominait le paysage. Depuis, la population de peuplier faux-tremble a augmenté de 70 % tandis que celles du pin blanc et de l'épinette diminuaient respectivement de plus de 70 % et de plus de 30 %. Les seules populations de résineux qui ont été épargnées par la coupe sont celles qui poussaient sur des pentes inaccessibles aux machines.

Mont Ernest-Laforce Mont Ernest-LaforceMont Ernest-Laforce

Sur le mont Ernest-Laforce, moins haut que ses voisins, il y a déjà eu des arbres, une cinquantaine d'années auparavant. Aujourd'hui, on n'y rencontre plus que des fantômes et des monstres torturés par les intempéries et les orignaux. Ce spectacle étrange n'est pas dénué de charme et puisqu'on ne peut plus rien y faire, autant s’attarder à la beauté des lieux, aux couleurs et à la luxuriance des prairies qui profitent de cette nouvelle lumière.
Dommage que les envies de quelques unes nuisent à l'harmonie des lieux et gâchent le plaisir des autres ! Peut-être faudrait-il leur expliquer qu'il y a d'autres façons de faire que d'abandonner leurs mouchoirs en papier.

Cornouiller du CanadaAutomne
Mont Ernest-Laforce
Actée blancheSans titre

En redescendant sous le couvert forestier, il n'est pas improbable de rencontrer un orignal ou deux; ils sont nombreux en Gaspésie. Pour cela, mieux vaut être attentif, car cet animal solitaire est extrêmement furtif malgré sa taille imposante. 

Orignal Orignal Orignal

Extrait de: Portrait forestier historique de la Gaspésie. Pinna S., Malenfant A., Côté B. et Hébert M. Consortium en Foresterie Gaspésie-Les-îles (2009). 

RECONSTITUTION POSTGLACIAIRE DE LA VÉGÉTATION
Bien avant que ne débute l’utilisation de la forêt gaspésienne par l’homme, celle-ci a dû prendre place à la suite du retrait des glaciers il y a environ 13000 ans BP (Richard et al., 1997). Les reconstitutions paléophytogéographiques, réalisées par le biais d’analyses stratigraphiques et paléobotaniques (pollen et macrorestes végétaux), montrent que l’évolution postglaciaire de la végétation pour l’ensemble de la Gaspésie se serait déroulée en trois grandes étapes : une phase non arboréenne, une phase d’afforestion et finalement une phase forestière (Asnong, 2000).

PHASE NON ARBORÉENNE
La première zone à avoir subi le retrait des glaces serait la partie nord de la Gaspésie. Une végétation de toundra herbacée et de toundra arbustive s’y serait alors installée il y a 13000 ans BP (Marcoux et Richard, 1995). Un petit glacier aurait persisté au centre de la péninsule gaspésienne il y a 9500 ans BP (Richard et al., 1997). Entre 9500 et 8000 ans BP, la glace se serait complètement retirée de la péninsule.

PHASE D’AFFORESTATION
Comme pour l’ensemble du Québec, les premiers arbres à avoir colonisé les terres gaspésiennes seraient le peuplier faux-tremble et l’épinette noire (Richard, 1989). Ces espèces auraient été accompagnées du bouleau blanc, du mélèze laricin et en plus faible abondance du sapin baumier (Asnong, 2000). Cette afforestation semble avoir débutée dès 12300 BP sur la côte septentrionale et vers 11500 BP dans la Baie des Chaleurs. L’afforestation aurait été interrompue par une recrudescence majeure de l’aulne crispé à l’Holocène inférieur (Labelle et Richard, 1984; Richard et Labelle, 1989; Jetté et Richard, 1992; Marcoux et Richard, 1995), attribuée, entre autres, à des feux plus fréquents accompagnés de conditions climatiques plus froides (Richard et Labelle, 1989; Jetté et Richard, 1992) et à des brouillards maritimes nettement plus abondants (Marcoux et Richard, 1995). L’aulne crispé aurait donc joué un rôle important dans la constitution des forêts au début de l’Holocène. Sur le plateau tout comme dans la vallée du mont Saint-Pierre ainsi que dans la région du mont Albert, des pessières ouvertes auraient dominé durant toute la phase d’afforestation.

PHASE FORESTIÈRE
Vers 10200 BP, l’expansion des arbres aurait entraîné une fermeture de la forêt et la constitution des sapinières régionales (Richard, 1989 dans Asnong, 2000). Il y a 8000 ans, les pessières noires gaspésiennes auraient été progressivement remplacées par la sapinière à bouleau blanc alors que des îlots de toundra auraient persisté sur les hauts plateaux.
Au cours de cette phase, plusieurs taxons thermophiles auraient migré en Gaspésie, tant sur la côte septentrionale que méridionale, venant ainsi s’ajouter aux autres taxons déjà présents (Labelle et Richard, 1984; Jetté et Richard, 1992; Marcoux et Richard, 1995). Les principaux seraient le bouleau jaune, le pin blanc et l’érable à sucre. Dans certains sites, principalement ceux situés dans les vallées, ces taxons de climat tempéré auraient été accompagnés de l’orme d’Amérique, du frêne noir et de l’érable rouge.
Dans la vallée du mont Saint-Pierre, le bouleau jaune aurait été présent dès 10200 ans BP. Ailleurs, il se serait installé plus tard, soit vers 7650 ans BP dans l’est de la péninsule et vers 6700 ans BP dans la Baie des Chaleurs (Jetté et Richard, 1992). Le pin blanc se serait implanté dans la vallée du mont Saint-Pierre et dans la Baie des Chaleurs aux environs de 7800 ans BP et n’aurait été présent sur le plateau gaspésien en compagnie du bouleau jaune qu’entre 7425 et 6300 ans BP.
Parmi les autres taxons thermophiles qui se seraient implantés en Gaspésie, notons le hêtre à grandes feuilles et le chêne rouge qui auraient été présents dans la Baie des Chaleurs entre 7800 et 4430 BP (Jetté et Richard, 1992). Le frêne d’Amérique, le frêne de Pennsylvanie, le caryer ovale, la pruche du Canada et le châtaignier d’Amérique auraient également atteint la région 1 (Jetté et Richard, 1992). Par contre, aucun taxon thermophile n’aurait immigré dans le secteur du mont Albert (Richard et Labelle, 1989). La colonisation des terres gaspésiennes par ces taxons se serait limitée aux zones côtières en marge de la péninsule.
Malgré la migration de taxons thermophiles durant la phase forestière, le bouleau blanc et l’épinette noire seraient demeurés présents et abondants pour l’ensemble des sites. Il y a 6000 ans, le bouleau blanc aurait pris de l’importance dans la région. Le pin blanc aurait quant à lui atteint son maximum d’abondance il y a 4000 ans et un déclin des taxons thermophiles et du bouleau blanc serait survenu depuis cette période en raison du refroidissement climatique néo-glaciaire (Labelle et Richard, 1984; Richard et Labelle, 1989; Jetté et Richard, 1992). Le thuya occidental aurait probablement atteint son abondance maximale durant les derniers millénaires (Jetté et Richard, 1992).
La végétation serait demeurée relativement stable au cours des deux derniers millénaires avant la colonisation (Côté et al., 2008).
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