Reproduction en captivité

Café

En janvier 2015, j'étais au Panama. Ce qui avait commencé comme un voyage d'agrément prit rapidement des allures d'adoption internationale à la suite de la visite d'une plantation de café.
C'est alors que je découvris avec horreur le sort qu'on réservait aux grains de café. Arrachés à leur arbre par des mains autochtones, les cerises étaient déshabillés par des machines bruyantes. Les grains nus étaient ensuite abandonnés en plein soleil avant d'être brûlés dans des fours pendant de longues minutes. À la suite de ce traitement inhumain, certains d'entre eux, plus malchanceux, étaient immédiatement broyés et ébouillantés pour satisfaire l'envie de touristes amateurs de plaisirs gustatifs.
Évidemment, un amoureux des plantes comme moi, ne pouvait rester indifférent à ce spectacle et je décidais alors de faire ma part. Je ramassais une cerise tombée de l'arbre et la cachais dans une poche de mon sac à dos. Mieux valait une vie de plante d'intérieur au Canada qu'une fin dans une cafetière panaméenne.
De retour au pays. l'adaptation ne fut pas facile et il fallut bien attendre 3 mois avant que les deux graines (une cerise, deux graines) ne se décident à montrer le bout de leurs cotylédons. Deux ans après, les deux plants fleurissaient. Ce fut une heureuse surprise car je pensais que l'enfance du caféier durait plus longtemps. C'est quand même un arbre et chacun sait que la maturité sexuelle de certaines essences peut être tardive.
Aujourd'hui, 8 mois après sa floraison, je suis récompensé et tout le monde à la maison attend l'heureux événement, car l'unique fruit d'une fécondation artificielle à l'aide d'un pinceau commence à rougir. Personne n'y croyait vraiment.

Café

Un 29 décembre à l'arboretum Stephen-Langevin (Boucherville)

Au bord du Saint-Laurent, ce matin, il y avait de drôles de créatures malgré le petit -20°C: un soleil fantôme, un lutin qui se promenait dans les bois, un ange accroché aux branches, des pommettes de noël, un cardinal rouge et deux merles qui s'abreuvaient à un point d'eau. Il y avait aussi du vent et de la neige, et ni l'appareil photo, ni le doigt du photographe n'aiment ça.

Au bord du Saint-Laurent
Soleil d'hiver
Fantômes
Lutin
Ange déchu
Pommettes
Cardinal rouge




Un 27 décembre entre Longueuil et le mont Saint-Bruno

Sous ce soleil glacial, il faut être un harfang pour oser se dresser contre le vent.

Campagne de Longueuil (Québec)
DSCN5919




Un 25 décembre à Longueuil

La corvée de vaisselle du lendemain du réveillon peut avoir des bons côtés. Il suffit de regarder par la fenêtre pendant qu'on frotte.

Bruant hudsonienRoselin familier

Le mieux, ennemi du bien ?

DSCN2564

Le boisé du Tremblay enclavé entre zones industrielles, agricoles et résidentielles s'efforce d'effacer les signes de son passé agricole. Des anciens lots, il ne reste que quelques vestiges des démarcations: des alignements de pierre que l'humus et les souches finissent d'engloutir, et à leur pieds des fossés de drainage comblés depuis longtemps dans lesquels l'eau peut à nouveau prendre le temps d'entretenir la vie.
Il y a pourtant une trace qui refuse de s'estomper, une tranchée aussi droite qu'un trait d'arpenteur, aussi profonde qu'un coup de pelle mécanique et au fond de laquelle coule de l'eau. Aussi loin que l'on suive son fil, on n'y voit aucune algue, aucune trace de vie, pas plus dans le lit que sur les berges lavées par les brusques changements de débit. Est-ce parce qu'elle trouve sa source à quelques centaines de mètres de là, au cœur de la zone industrielle, et que les entreprises riveraines y déversent leurs eaux usées.

Source
1. Une des sources du ruisseau Massé (voir la vue satellite plus bas)
Boisé du Tremblay
2. Dans la réserve de Nature Action Québec, 500 mètres plus loin
Boisé du Tremblay

Quoiqu'il en soit, cette eau qui coule à longueur d'année est la seule réminiscence de ce qu'était autrefois un ruisseau. Creusé et redressé, il a maintenant acquis un statut administratif et est devenu un cours d'eau verbalisé. C'est le nom donné à ces aménagements, dont les premiers datent des années 20.
À l'époque, le Québec se lance dans un vaste programme de drainage des terres agricoles dans le but d'en améliorer la production. Des fossés sont creusés et des cours d'eau, redressés. Cette exercice qui connaît son apogée entre les années 60 et 90, aboutit à l'aménagement de 30000 km de cours d'eau, dont 9000 à 10000 km sont créés de toute pièce. Dans le sud du Québec, le réseau hydrographique a ainsi été multiplié par deux.
Hydrogrammes de crue d'une rivière avec un  bassin versant en milieu forestier (bleu) et d'une rivière avec un bassin versant en milieu agricole (rouge).
Le ruissellement des eaux de pluie plus important en milieu agricole a pour effet d'accélérer le temps de montée et d'augmenter le débit de pointe des rivières en crue.
L'objectif a été atteint. Grâce au drainage, l'eau de fonte s'évacue plus rapidement et la terre peut désormais être travaillée plus tôt au printemps. Les fortes pluies risquent moins de noyer les cultures ou de favoriser les maladies cryptogamiques. En outre, en rectifiant les cours d'eau et la géométrie des parcelles, on a gagné quelques hectares de terres et accéléré le mouvement des machines.
Certes, l'eau s'écoule plus vite et en plus grande quantité, mais il y a une contrepartie. Elle emporte avec elle les sols, qui s'appauvrissent, s’assèchent en profondeur et se compactent. Elle charge les rivières en sédiments, en engrais et en pesticides; ce qui n'est pas sans conséquence sur la vie aquatique. La vitesse du courant dans les cours d'eau redressés accroît l'érosion des berges et impose un entretien régulier des fossés au détriment de la faune et de la flore locales. Autre conséquence de ces aménagements, les pluies et la fonte des neiges gonflent les rivières un peu plus qu'avant à la saison des crues.


Canal Saint-Bruno
3. En traversant la zone agricole, le ruisseau anonyme prend le nom de canal Saint-Bruno
Ruisseau Massé
4. Après avoir rejoint le ruisseau Massé, les eaux retrouvent leur cours naturel et serpentent à nouveau
jusqu'à la rivière Acadie.  




Métaphysique de l'eau

Aux heures chaudes de la journée, vers -7°C, on peut voir la neige mourir au soleil et son esprit s'élever dans les airs.

On peut compter sur la pie-grièche

Pie-grièche grise

Presque aussi sûr que le carouge à épaulettes fait le printemps, la pie-grièche grise annonce l'hiver dans le Boisé du Tremblay. Hier, elle est venue nous rendre visite, le temps de sauter sur l'appareil photo et de tirer son portrait à travers la fenêtre.
Certes, la précipitation ne fait pas de belles photos, mais cela donne une idée du personnage. Il n'y a qu'à regarder son bec, taillé pour dépecer la viande, pour comprendre que les pie-grièches sont de redoutables prédateurs. Et si d'aventure, vous trouvez des cadavres de campagnols ou de souris pendant au bout d'une branche ou d'un fil barbelé, dites-vous qu'il ne s'agit pas de suicides. Regardez alentours et cherchez un oiseau de la taille d'un geai bleu, perché au faîte d'un arbre au milieu d'un endroit dégagé, vous aurez peut-être la chance de voir la responsable.
Au Québec, et en Amérique du Nord, il en existe deux espèces, la grise (Lanius excubitor) et la migratrice (L. ludivicianus). Elles sont difficiles à distinguer au premier coup d'oeil, mais la seconde est menacée au Québec et en voie de disparition au Canada; autant dire qu'il y a peu de chances de la voir. La grise à un bec plus long et plus crochu, la mandibule inférieure est plus pâle à sa base, le bandeau noir qui traverse l’œil est moins large.  

Pie-grièche grise



Du quinquina à la quinine

La quinine fut longtemps le seul médicament efficace contre le paludisme. Cet alcaloïde naturel aux propriétés antipyrétiques (contre la fièvre) et antipaludique (contre la malaria) ne fut vraiment supplanté par les antimalariques de synthèse qu'à partir de la seconde moitié du XXème siècle.
L'histoire de la quinine commence au début du XVIIème siècle dans la petite ville de Loja, en Équateur. C'est là que des missionnaires jésuites apprirent, probablement des populations locales, comment utiliser l'écorce du quinquina pour soulager la fièvre. À cette époque, la fièvre tierce, autrement dit le paludisme, est endémique dans une grande partie de l'Europe et aucun traitement efficace n'a encore été découvert.
Les missionnaires ramènent donc à Rome l'écorce de «l'Arbre aux fièvres» en espérant qu'elle sera efficace contre les épidémies de fièvres palustres qui resurgissent chaque été dans la ville. Le succès est total et la «poudre des jésuites» gagne rapidement en popularité en Italie et en Espagne. Ailleurs, comme en France et en Angleterre, on est plus réticent à utiliser ce remède en raison des risques que présente sa mauvaise utilisation. Par ailleurs, dans les pays protestants, on se méfie de ses origines papistes. Pourtant, il sera secrètement utilisé par un médecin anglais du nom de Robert Talbor pour soigner les membres de la famille royale d'Angleterre et de France. En 1681, à la mort du médecin, Louis XIV révèlera le secret de sa guérison par le quinquina, mettant fin ainsi à la mauvaise réputation du médicament qui deviendra alors le remède de référence contre le paludisme.

Rouge, jaune et gris
Jusqu'à présent, on a identifié 23 espèces de quinquinas sauvages (Cinchona spp). La plupart de ces arbustes et de ces arbres de la famille des rubiacées poussent dans les forêts humides des Andes, de la Colombie à la Bolivie, entre 300 et 3300 mètres d'altitude. Quelques espèces ont une aire de distribution plus étendue vers le nord, jusqu'au Costa Rica.
Trois espèces ont été exploitées pour la quinine que contient leur écorce: le quiquina rouge (Cinchona pubescens), le quinquina jaune (C. calisaya) et le quinquina gris (C. officinalis). Leur teneur en quinine varie selon l'espèce et les conditions de croissance, mais le quinquina jaune est celui qui en contient le plus.
Ces espèces ont été introduites dans d'autres pays, généralement d'anciennes possessions territoriales anglaises, françaises et hollandaises, où elles ont été cultivées et hybridées dans le but d'améliorer la production. Aujourd'hui, les principaux pays producteurs de quinine sont l'Indonésie, la République démocratique du Congo, la Tanzanie, le Kenya, le Rwanda, le Sri Lanka, la Bolive, la Colombie, le Costa Rica et l'Inde.
Quinquina rouge par Forest & Kim Starr [CC BY 3.0], Wikimedia Commons

Dans l'Europe du début du XVIIIème siècle, si l'usage de l'écorce du quinquina est désormais acquise, personne, qu'il soit apothicaire ou botaniste, ne connaît vraiment l'identité de l'arbre dont elle est issue. Il faut attendre l'année 1737 pour que le mystère soit enfin éclairci. Deux ans auparavant, Charles Marie de la Condamine avait été envoyé avec le botaniste Joseph de Jussieu en mission scientifique au Pérou dans le but de déterminer la courbure du méridien et de mettre fin à une polémique sur la forme de la Terre: avait-elle la forme d'une orange aplatie ou d'un citron ?
Pendant que le géographe arpente le pays, le botaniste herborise et s'intéresse entre autres au fameux Quinquina. Il en identifie trois espèces et les décrit dans un rapport complet qu'il confie à La Condamine pour l'envoyer à l'Académie des Sciences; laquelle attribue tout le mérite de la découverte au géographe.

La quinine fait partie avec la quinidine, la cinchonine et la cinchonidine des quatre principaux alcaloïdes présents dans l'écorce des quiquinas rouges, jaunes et gris. Les proportions de chaque molécule varient selon l'espèce, mais la totalité des alcaloïdes ne représente rarement plus que 10 % du poids sec de l'écorce. Dans les variétés cultivées, sous l'effet des sélections, la teneur en alcaloïdes peut monter jusqu'à 17 %.
Antipaludique, antipyrétique, analgésique et antiarythmique, la quinine est aussi une substance amère dont on se sert pour aromatiser les boissons toniques comme le Schweppes, ainsi que les Vermouths comme le Martini. 
Déjà à  l'époque, les deux scientifiques expriment leur inquiétude à propos de la surexploitation du quinquina. Et en effet, la demande de plus en plus forte de quinquina, seul remède efficace contre le paludisme, conduit l'espèce au bord de l'extinction dès le milieu du XIXème siècle.
Pour tenter de pallier une future pénurie, mais aussi pour briser le monopole de l'Espagne sur cette ressource, Anglais, Français et Hollandais font sortir clandestinement du Pérou des graines de quiquina et tentent d'introduire la culture de l'arbre dans leurs colonies respectives. Après quelques débuts difficiles (les graines supportent mal le voyage et leur germination s'avère difficile), chacun y parviendra. Toutefois, ce sont les hollandais qui domineront le marché avec leur culture du Quiquina jaune à Java.
La quinine a été identifiée comme étant le principe actif de l'écorce de quinquina en 1820 par les chimistes français  Joseph Pelletier et Joseph Caventou. Sa synthèse complète n'a été réalisée qu'en 2001, par le chimiste américain Gilbert Stork. Jusqu'à la découverte des antipaludiques de synthèse, la quinine en tant qu'unique médicament contre le paludisme a été un enjeu stratégique et un instrument indispensable des armées coloniales.
La seconde guerre mondiale marque la fin de la domination hollandaise sur le marché mondial de la quinine et précipite la découverte de composés synthétiques. En effet, les stocks de quinine entreposés à Amsterdam sont détruits par les bombardements allemands et les japonais s'emparent de la ressource en envahissant Java.
Heureusement, quelques tentatives de synthèse avaient déjà été menées après la découverte de la quinine, principalement par les chimistes de la compagnie allemande Bayer qui avaient développé quelques antimalariques de synthèse: la plasmoquine, la mépacrine, l'atébrine, la résochine et la sontochine. 
En 1946, les alliés reprennent les études sur la résochine, qui avait été jugée trop toxique lors de sa découverte. Rebaptisée chloroquine, la molécule se révèle être un antimalarique plus puissant que son homologue naturel. Commercialisée sous le nom de Nivaquine en France et d'Aralen aux États-Unis, elle devient l'arme principale de l'Organisation mondiale de la Santé dans sa tentative pour éradiquer le paludisme dans les années 50 et 60.
Aujourd'hui, la quinine est toujours utilisée pour le traitement en deuxième ligne des infections par Plasmodium falciparum, un des parasites responsables du paludisme. Elle est inscrite sur la liste des médicaments essentiels dressée par l'organisation mondiale de la santé.  




Un 2 décembre sur le mont Saint-Bruno

Il n'y avait plus de neige sur le mont, mais l'eau des lacs était entièrement prise par la glace. En empruntant le sentier de l'hermine pour nous rendre à la carrière Potvin, abandonnée depuis les années 60, nous espérions revoir le renard roux entraperçu la semaine dernière; nous avons fait chou blanc. Peu importe, il y avait plein d'autres choses à voir.

Disamares d'Érable à feuilles coposées
Carrière Potvin
Métamorphisme
Métamorphisme
DSCN5780
Le poil dans les excréments désigne un carnivore; la forme, la taille et l'emplacement au milieu
du chemin font penser à notre renard roux.
Sittelle à poitrine blanche
Anthrisque des bois
L'anthrisque n'attend plus que le printemps




Un 26 novembre sur le mont Saint-Bruno

Ce matin, sur l'eau encore libre, il y avait un harle couronné. Sous le bois, nous étions la quatrième espèce animale à laisser nos traces. Des écureuils gris, des cerfs de Virginie et deux renards roux nous avaient précédés.

Mont Saint-Bruno
Harle couronné
Mont Saint-Bruno
Mont Saint-Bruno
Ci-dessus, la piste d'un renard roux au pas de marche (à gauche) et au trot (à droite). Ci-contre, l'empreinte d'une patte montrant le coussinet plantaire de forme triangulaire, les quatre coussinets digitaux et les deux griffes des doigts 3 et 4)
MOnt Saint-Bruno
Cerf de Virginie
Piste de cerf de Virginie 
Cerf de Virginie
Empreinte de cerf de Virginie
Cerf de Virginie



Du pavot à la morphine

L'usage du pavot somnifère (Papaver somniferum) se perd dans la nuit des temps. Il y a 5000 à 6000 ans, les Assyriens et les Sumériens extrayaient déjà son latex qu'ils appelaient "gil" (joie) et que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'opium. 1500 ans avant notre ère, les Égyptiens utilisaient ses propriétés analgésiques et somnifères pour soigner les maux de tête et calmer les enfants. Les Grecs et les Romains, quant à eux, le considéraient à la fois comme un remède et comme un poison. À partir du VIème siècle de notre ère, les arabes étendirent sa culture à travers leur empire. Objet de commerce, il fut introduit en Inde au IXème siècle, puis en Chine au XIème.

Pavot oriental Le genre Papaver regroupe une centaine d'espèces de pavots parmi lesquels le coquelicot (Papaver rhoeas), le pavot oriental (Papaver orientale) utilisé comme plante ornementale et le pavot somnifère cultivé pour l'opium.
Typiques, les fleurs de pavot comportent 2 ou 4 sépales caducs, quatre (parfois 6) pétales libres et chiffonnés dans le bouton avant leur éclosion, de nombreuses étamines et un pistil de forme conique dont la surface est divisée en cadrans par les stigmates. Après fécondation, le pistil se transforme en une capsule qui, à maturité, laisse échapper de très nombreuses petites graines.
Toutes les plantes de la famille des papavéracées produisent du latex, un liquide épais et opaque, blanc ou coloré. Différent de la sève, il contient de nombreuses substances actives, en particulier des alcaloïdes utilisés par la plante pour se défendre et par l'homme pour se soigner ou se divertir.
Coquelicot

En Europe occidentale, il faut attendre le XVIème siècle pour que l'usage thérapeutique de l'opium soit popularisé par le médecin suisse Paracelse sous la forme d'une préparation appelée laudanum. Au XVIIème siècle, Thomas Sydenham, un médecin anglais, simplifie la formulation pour en faire une teinture composée de 100 g de poudre d'opium, de 50 g de safran et de 920 g d'alcool à 30 %. Il l'utilise avec succès au cours des épidémies de dysenterie, qui sévissent à cette époque. Dès lors, le laudanum est adoptée par le corps médical, d'abord en Europe puis rapidement en Amérique.

L'opium est une pâte ou une poudre (selon son degré de déshydratation) obtenue en incisant les capsules de pavot lorsqu'elles commencent à mûrir et en laissant sécher le latex qui en exsude. Une capsule fournit environ 20 à 50 mg d'opium brut. Il est composé d'eau (5 à 20 %), de glucides (environ 20 %), d'acides organiques et d'alcaloïdes (10 à 20 %). À ce jour, on a identifié une quarantaine d'alcaloïdes, parmi lesquels la morphine (8 à 17 % des alcaloïdes), la codéïne (0,7 à 5 %), la thébaïne (0,1 à 2,5 %), la papavérine (0,5 à 1,5 %) et la noscapine (1 à 10 %).
Morphine
par NEUROtiker, via Wikimedia Commons
Il sera couramment prescrit jusqu'au milieu du XIXème siècle pour soulager les douleurs, notamment rhumatismales, l'insomnie, différents troubles nerveux (dépression, psychose et autres), la toux (tuberculose, bronchite) et les diarrhées sévères (choléra, dysenterie). En France, il ne sera retiré de la pharmacopée officielle qu'en 1976.

En 1803, le pharmacien et chimiste français Jean-François Derosne identifie un premier alcaloïde de l'opium, la noscapine. Trois ans plus tard, le pharmacien allemand Friedrich Sertürner, isole la morphine et décrit son effet narcotique. Dans les années qui suivent, on découvre la codéïne (1833), la thébaïne et la papavérine (1848). La première hémisynthèse (synthèse chimique à partir d'une molécule naturelle) est réalisée en 1874 par Alder Wright.

Quelques opioïdes utilisés en médecine
Naturels
Hémisynthétiques
Synthétiques
Codéïne
Morphine (Statex®)
Buprénorphine
Désomorphine
Héroïne
Hydrocodone
Hydromorphone (Dilaudid®)
Métopon
Naloxone
Oxycodone
Oxymorphone
Alfentanil
Dextropropoxyphène
Fentanyl
Méthadone
Péthidine
Sufentanil
Tapentadol
Tilidine
Tramadol
En créant la diacétylmorhine, mieux connue sous le nom d'héroïne, le pharmacien londonien espérait débarrasser la molécule naturelle de ses propriétés addictives; ce fut un échec.
Depuis, la famille des opioïdes s'est enrichie de nombreuses molécules hémisynthétiques (produites principalement à partir de la thébaïne) et synthétiques. Et, bien que l'on sache produire la morphine par synthèse totale depuis 1952, il est toujours plus rentable de l'extraire du pavot somnifère. En 2013, les plus grands producteurs de pavot étaient l'Australie, la France et l'Espagne.


Principaux alcaloïdes naturels et leurs propriétés
Espèces
Propriétés
Principaux alcaloïdes
Pavot somnifère
(P. somniferum)
Analgésique, Antitussif, Euphorisant, Hypnotique, Sédatif, Spasmolytique Codéïne, Morphine, Noscapine (Narcotine), Papavérine, Thébaïne
Coquelicot
(P. rhoeas)
Analgésique, Antitussif, SédatifIsorhoeadine, Rhoeadine, Rhoeagénine
Pavot de Californie
(Eschscholtzia californica)
Analgésique, Anxiolytique, Hypnotique, Sédatif Californidine, Eschscholtzine, Protopine



Novembre: la traversée du désert

En attendant la neige

Entre automne et hiver, entre pluie et neige, il y a ces quelques jours glacés de l'année au cours desquels l'eau liquide peut devenir aussi rare que dans le plus aride des déserts. En regardant les oiseaux patiner sur le bassin, je m'interroge sur leur capacité à survivre jusqu'à la première neige, celle qui pourra les désaltérer.

Moineaux domestiques

Dire que l'eau est indispensable à la vie est une lapalissade qu'il n'est pas inutile de répéter aux habitants des pays qui n'en manquent pas et qui seraient tenter de la gaspiller. Faut-il également rappeler qu'elle est le principal constituant des êtres vivants et que dans 100 kg d'être humain ou dans 10 g de mésange, il y a environ 65 kg et 6,5 g d'eau, cette même proportion de 65 % partagée par la plupart des animaux à sang chaud.
Pourtant, aussi vitale soit-elle, aucune espèce, plante ou animale, n'est capable de retenir l'eau. Elle s'échappe inexorablement, nous obligeant à compenser sans cesse sa perte sous peine de mourir de déshydratation. Pour combler ses besoins en eau, chacun a développé ses propres stratégies physiologiques, anatomiques et comportementales en fonction des conditions que lui imposait son environnement. À ce jeu, les oiseaux ne sont pas en reste, notamment les granivores. Certains individus vivant dans les zones désertiques peuvent même survivre sans autre apport d'eau que celle contenue dans leur nourriture.

Urée
par NEUROtiker - domaine public, lien
Acide urique
par NEUROtiker - domaine public, lien
Limiter les pertes d'eau
Les animaux homéothermes, les oiseaux et les mammifères, perdent la majeure partie de leur eau par évapotranspiration à travers la peau et les poumons, un phénomène indispensable pour évacuer l'excès de chaleur générée par leur métabolisme. L'autre partie est perdue sous la forme d'excréments liquides (l'urine) et solides (les matières fécales); l'excrétion d'urine permettant d'éliminer l'excès des sels minéraux absorbés par l'alimentation et l'azote produit  par la dégradation des protéines.

En concentrant l'urine
L'urine est produite par les reins dont le principe de fonctionnement est de filtrer le sang, de garder une fraction de son eau et d'y concentrer toutes les substances indésirables. Comparés à ceux des mammifères, les reins des oiseaux ont une plus faible capacité de concentration de l'urine; ce qui pourrait être un désavantage dans la gestion de l'eau s'ils n'avaient pas développer des mécanismes de compensation.
Le premier d'entre eux est l'élimination de l'azote (N) sous forme d'acide urique, qui présente deux avantages par rapport à l'urée des mammifères:
  1. Une seule molécule d'acide urique permet d'éliminer 4 atomes d'azote, soit le double de l'urée.
  2. Contrairement à l'urée qui doit obligatoirement être dissoute dans l'eau pour être éliminée, l'acide urique est insoluble dans l'eau et il peut être éliminé avec les excréments sous la forme d'un colloïde blanchâtre (une suspension plus ou moins concentrée de particules solides). 
Comment l'acide urique filtré par les reins se retrouvent t-il dans les excréments ?
Pour la même raison que les oiseaux n'urinent pas; ils n'ont pas de vessie. Pour compenser le faible pouvoir de concentration de leur reins, l'urine produite par les reins s'écoule directement dans le cloaque. Elle est acheminée ensuite dans l'intestin par un péristaltisme rétrograde et l'eau qu'elle contient est réabsorbée à travers la paroi intestinale.

En récupérant la vapeur d'eau
La plus grande partie de l'eau des organismes homéothermes est perdue sous forme de vapeur dans l'air expiré qui en est saturé. Pour limiter les pertes, la cavité nasale des oiseaux et des mammifères contient des structures protubérantes appelées "cornets". Ces lames osseuses ou cartilagineuses selon l'espèce sont recouvertes d'un épithélium qui sécrète un mucus.
En s'interposant dans le passage de l'air, les cornets créent une turbulence qui accroît son contact avec la muqueuse. Ainsi, l'air inspiré se réchauffe et s'humidifie avant d'arriver dans les alvéoles pulmonaires. À l'inverse, l'air expiré se refroidit et une partie de l'eau qu'il contient se condense. La quantité d'eau récupérée dépend de la température extérieure, de la teneur de l'air en vapeur d'eau et de l'espèce, mais elle peut atteindre 80 % chez les pingouins (Pygoscellis spp), par exemple.

Geai bleu

Compenser les pertes d'eau
Limiter les pertes d'eau ne suffit pas, il faut aussi renouveler celle qui est perdue. Pour les animaux terrestres, il n'y a que trois sources possibles:
  1. l'eau libre, si possible douce, bien que certaines espèces puissent absorber l'eau de mer sans risque de déshydratation. Les oiseaux de mer, par exemple, possèdent des glandes à proximité de la cavité nasale, qui leur permettent d'excréter le sel.
  2. l'eau contenue dans les aliments, plus ou moins abondante selon les régimes alimentaires. Les frugivores, les butineurs, les insectivores et les carnivores absorbent plus d'eau que les granivores. 
  3. l'eau métabolique produite par l'oxydation des nutriments. Ainsi, on considère que l'oxydation de 100 g de protéines, de lipides et de glucides fournit respectivement 40, 107 et 56 g d'eau. Pour l'être humain qui produit environ 300 g d'eau métabolique, cela ne comble que 8 à 10 % de ses besoins. Chez les oiseaux, qui ont un métabolisme plus élevé, cette source d'eau n'est pas négligeable et chez certaines espèces d'oiseaux adaptés aux environnements xériques, elle  suffit  avec l'eau contenue dans leur alimentation à les rendre indépendants des sources d'eau libre.
Comme on peut le constater, les oiseaux sont assez bien équipés pour passer à travers les pénuries en eau. Au cours de leur évolution, ils ont développé de nombreux mécanismes de résistance à la déshydratation. Certains n'ont pas été évoqués ici comme la capacité à adapter la composition en lipides de leur peau pour limiter l'évaporation, la tolérance de certaines espèces à une plus grande viscosité du sang ou la tolérance à une certaine hyperthermie permettant de limiter également l'évaporation. Pour ceux qui voudraient approfondir la question de l'économie de l'eau chez les oiseaux, il y a ces quelques références:

Evaporative Losses of Water by Birds. Dawson, W. R. Comp. Biochem. Physiol., 71A(4), 495–509, 1982.
Nasal Respiratory Turbinate Function in Birds. Geist, N. R. Physiological and Biochemical Zoology, 73(5), 581–589, 2000.
Metabolic constraints on long-distance migration in birds. Klaassen, M. The Journal of Experimental Biology, 199, 57–64, 1996.
Water Economy of Granivorous Bird: A Predictive Model. Macmillen, R. E. The Condor, 92(1979), 379–392, 1990.
Physiological ecology and behavior of desert birds. Williams, J. B., & Tieleman, B. I. Current Ornithology, 16, 299–353, 2001.
Physiological adaptation in desert birds. Williams, J. B., & Tieleman, B. I. BioScience, 2014.
Universal model for water costs of gas exchange by animals and plants. Woods, H. A., & Smith, J. N. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 107(18), 8469–74, 2010.