La faute à qui ?

Hutte et bungalows
Nid et hutteHier, comme chaque hiver, je suis allé rendre visite à mes voisins castors. En cette période de décompte des survivants et de "demain-on-rase-gratis", je voulais savoir comment s'était passée l'année.
D'autant plus que l'été dernier, le vent était porteur de nouvelles peu rassurantes : "Parait que des sous-sols avaient été inondés, que des pompes avaient drainé le marais et qu'il était question de stériliser le couple fondateur". Il fallait bien que cela arrive. Le promoteur construit ses maisons de carton sur le marais et le castor porte le blâme.
Pourtant, en arrivant sur place, rien ne semblait avoir changé. Quelques arbres abattus annonçaient les abords de la hutte et, sous les raquettes, le craquement de la glace prévenait que l'eau n'était pas loin. 

Juncos et moineaux

Nouvelle neige

Dans la série des oiseaux de Noël, c'est au tour des juncos de nous parler de l'hiver. Ceux-là, rien ne les arrête, ni les 15 centimètres de nouvelle neige d'hier, ni les bourrasques à décorner un orignal d'aujourd'hui. Quant au moineau, il songe à cette contrée sans hiver dont parlent les anciens de la tribu, le soir au coin du feu.

Junco hyemalis
Junco hyemalis
Passer domesticus

Sale temps pour une carouge

Elle traine dans le jardin depuis hier. De loin, je l'avais prise pour un bruant. Mais avec ma vue qui baisse et ce motif de plumage, ça valait le coup de vérifier aux jumelles. 
Hé bien, c'est plutôt une femelle de carouge à épaulettes qui grelotte sous la neige et se demande quelle mouche l'a piquée de ne ne pas suivre les autres dans le sud, il y a quelques mois.

Agelaius phoenicus
Agelaius phoenicus
Agelaius phoenicus

Noël au balcon

Zenaida macroura

Le retour des harfangs

Comme chaque année, les harfangs sont revenus passés l'hiver aux alentours de l'aéroport Saint-Hubert. Celui-là était en pleine digestion au bord de la route et nous a régurgité une belle pelote de poils et d'os; ce qui explique son sourire. 

Nyctea scandiaca
Nyctea scandiaca
Nyctea scandiaca

Trois couleurs, une seule espèce

Pour les écureuils gris (Sciurus carolinensis), comme pour tous les mammifères (nous inclus), le choix en matière de coloration naturelle de la peau et des poils est assez limité. Avec un seul pigment, la mélanine qui se décline en eumélanine et en phéomélanine, les couleurs ne peuvent varier que du blond (peu d'eumélanine) au brun foncé (beaucoup d'eumélanine) en passant par le roux (phéomélanine) et toutes les nuances intermédiaires, selon la proportion des deux molécules.

Sciurus carolinensis
Sciurus carolinensis
Sciurus carolinensis

Quelques individus parviennent quand même à se distinguer de la masse en arborant une livrée entièrement noire; c'est le cas notamment des chats qui portent malheur ou de la panthère Bagheera. Cette anomalie pigmentaire causée par une surproduction de mélanine est appelée mélanisme, ou pseudo-mélanisme lorsqu'elle est limitée à certaines régions du corps (certains disent abundisme). Beaucoup d'animaux peuvent être mélaniques; ce n'est pas réservé aux mammifères. Il y a cependant une condition à respecter: il ne faut pas que cette coloration soit un trait de l'espèce. Une corneille et un corbeau ne peuvent pas prétendre au titre.
À l'autre extrême, il y a la blancheur anormale causée par un déficit de pigment. Dans le cas de l'albinisme, c'est la synthèse de mélanine qui fait défaut et à part quelques formes particulières chez l'homme, tout l'organisme est touché. La dépigmentation affecte non seulement la peau et les poils mais aussi l'oeil qui prend une coloration rougeâtre.
Dans le cas du leucisme, le problème est causé par l'absence de mélanocytes (les cellules qui synthétisent la mélanine). Il peut être partiel, se traduisant par des zones blanches dans l'épiderme, le pelage ou le plumage, ou total comme l'écureuil ci-dessus (l'oeil reste généralement pigmenté). 

Le plongeur d'Okapulco

À 45 minutes à l'ouest de Montréal, le parc d'Oka est célèbre pour sa plage de sable blanc, idéale pour s'adonner au volley. On peut aussi y croiser quelques naturalistes, pratiquant leur loisir à l'abri des regards indiscrets.



En automne, l'eau y est assez ferme pour supporter le poids des galets, mais qu'on se rassure: sous les pavés, la plage est toujours là.



La fin de semaine dernière, il y avait même encore quelques baigneuses qui faisaient la joie des badauds. Nous, nous n'avions d'yeux que pour le harelde kakawi, ce marin du Grand-Nord.

Orangelin familier

La couleur du roselin familier (Haemorhous mexicanus) est largement influencée par la teneur en carotènes des aliments qu'il consomme au moment de sa mue. Il peut arriver à l'occasion qu'elle ne soit pas suffisante pour que son plumage affiche la couleur rose ou rouge caractéristique de son espèce. Il se contentera alors jusqu'à la prochaine mue d'une  teinte orangée ou jaune. L'histoire ne dit pas s'il a moins de succès auprès des dames.  

Haemorhous mexicanus
Haemorhous mexicanus

Ce matin, au boisé...

Il y avait toutes sortes de prédateurs: une buse à queue rousse, des mésanges à tête noire qui s'acharnaient sur les gales des verges d'or comme pour illustrer le dernier billet, et surtout une pie-grièche grise perchée tout en haut de l'arbre le plus haut, loin, loin loin...

Poecile atricapilla
Lanius excubitor

Campagnol
De la taille d'un merle, elle n'a pas la carrure d'un faucon ou d'une buse, mais la pie-grièche est un redoutable prédateur. Elle affectionne particulièrement les petits rongeurs qu'elle chasse de jour, dans les endroits dégagés (champ, friche), en se mettant à l'affût sur le perchoir le plus élevé.
Elle ne consomme pas toujours ses proies; il lui arrive de les conserver en prévision des périodes de vache maigre. Et si, au cours d'une promenade,  vous tombez nez à nez avec un cadavre de campagnol accroché à une branche, sachez que vous êtes sur le territoire d'une pie-grièche.

Eurosta la frileuse

En vous promenant cet automne, vous avez sûrement remarqué ces boules de la grosseur d'une noix qui ornent la partie supérieure des tiges de Verge d'or fanées. Il n'y en a généralement qu'une par tige, mais rares sont celles qui n'en portent pas.
La nature faisant de belles choses mais rarement inutiles, il ne s'agit évidemment pas de décorations de Noël. Des fruits ? Non plus. Ce sont plutôt des abris pour passer l'hiver; des abris fabriqués par la larve d'une petite mouche baptisée Eurosta solidaginis.

Eurosta solidaginis

La mouche ne dépasse pas 5 mm de long. Elle ne vole pas très bien et préfère la marche; ce qui ne l'a pas empêchée de coloniser presque toute l'Amérique du Nord. Vers la fin du printemps ou le début de l'été, après une quinzaine de jours d'existence débridée, elle dépose ses œufs sur une tige de Verge d'or. Oh, pas n'importe laquelle ! Solidago altissima et S. gigantea ont sa préférence. Une dizaine de jours plus tard, les œufs éclosent et les larves commencent à se forer un accès vers le cœur de la tige. Leur salive contient une substance semblable aux hormones de croissance de la plante, qui stimule localement la prolifération des cellules de la tige. La gale ainsi formée sert d'abri et de nourriture à la larve jusqu'à son émergence, le printemps suivant. 

Eurosta solidaginis

Évidemment, l'épaisseur des parois ne suffit pas à l'isoler du froid. Pour ce faire, en automne, quand les températures fraichissent, la larve commence à synthétiser du glycérol, un antigel qui empêche les cellules d'éclater en maintenant leur contenu à l'état liquide. Puis, Elle fait une dernière chose avant de s'endormir; elle se creuse un tunnel vers la sortie en prenant bien soin de laisser l'épiderme de la tige pour clore l'accès.     
Enfin tout ça, c'est dans le meilleur des cas, car en y regardant de plus près, on constate rapidement que la plupart des gales sont perforées. Et si vous êtes aussi observateurs que curieux, vous aurez sûrement remarqué que les stations de verges d'or sont très fréquentées par les mésanges à tête noire et les pics mineurs . Je vous laisse tirer vos propres conclusions.   

Eurosta solidaginis


Vin aigre

Mère de vinaigre

Le vin, ou n'importe quelle solution alcoolique (bière, hydromel, saké ou autres), laissé à température ambiante et en contact avec l'air, finit toujours par tourner au vinaigre. Cela peut prendre quelques semaines à plusieurs mois, selon la richesse de votre environnement en bactéries acétiques. Ces bactéries sont véhiculées, entre autres, à dos de plancton aérien ou de drosophile, mieux connu sous le nom de mouche à vinaigre (comme par hasard).

Biofilm
Mère morte

Des bactéries acétiques, il y en a pléthore. La famille des acétobactéracées est divisée en dix genres dont Acetobacter qui compte une trentaine d'espèces. Toutes ces bactéries marchent à l'alcool. Il leur fournit leur énergie selon une réaction qui produit également de l'acide acétique:
Éthanol (l'alcool majoritaire du vin) + Oxygène → Acide acétique (l'acide du vinaigre) + Eau + Énergie
Dans le cas du vinaigre de vin, les bactéries les plus fréquentes sont Gluconoacetobacter europaeus, Acetobacter aceti et Acetobacter orleanensis. Une fois qu'elles ont trouvé un milieu de vie propice, elles s'y multiplient jusqu'à former une pellicule plus ou moins épaisse et gélatineuse à sa surface. C'est ce qu'on appelle un biofilm en science et la mère de vinaigre en vinaigrerie.

Nouvelle génération

Finalement, il est facile et sans danger (malgré la tête que fera votre mère) de fabriquer son propre vinaigre. Il suffit d'acheter une piquette pas chère, la vider dans un récipient avec une ouverture large pour augmenter la surface de contact entre le vin et l'air, de couvrir avec un couvercle qui laisse passer l'air (un linge par exemple) pour éviter que la poussière et des contaminants tombent dans le vin, de laisser reposer le tout dans un coin. Plus il fait chaud, plus la colonisation sera rapide (entre 18 et 25°C). Surtout, il ne faut pas agiter, car tout se passe à la surface. Les impatients peuvent ajouter un peu de vinaigre commercial non pasteurisé (regarder au fond de la bouteille pour voir s'il y a un dépôt) ou un morceau de mère qui traine dans la famille ou chez les amis.  Quand vous verrez une pellicule se former, ce sera le signe que le processus est en route et que vous n'aurez plus à acheter de vinaigre. Il suffit ensuite de soutirer le vinaigre en évitant de trop remuer la pellicule de surface; avec une louche par exemple. De temps en temps, on enlève une partie de la vieille mère et on ajoute les restes d'une bouteille bouchonnée pour faire grossir la nouvelle.


Postérisation


Les couleurs s'estompent, la lumière...quelle lumière ?
Même les bernaches désespèrent.
Allo la Terre. Ici, nous sommes prêts pour l'hiver.