De la friche à la prairie sauvage

Il y a peu de temps, je recevais un courriel d'un organisme de protection de l'environnement me demandant si j'avais déjà observé le bruant des prés et le bruant vespéral sur une de leurs propriétés que je fréquente régulièrement. On me demandait également si l'habitat était susceptible d'accueillir ces deux bruants. Le but de la question était de fournir des arguments à une demande de subvention pour "le projet d’aménagement d’une prairie sauvage pour les oiseaux champêtres et les pollinisateurs". Il faut dire que depuis l'invention du mot biodiversité dans les années 90, il est devenu important de le faire valoir quand on veut justifier la protection d'un habitat. Attention cependant à ne pas réduire la biodiversité à la quantité ou certains habitats, refuges d'espèces rares ou particulièrement bien adaptées, risquent de disparaître; je pense par exemple à la paruline de Kirtland en Amérique du Nord ou aux milieux désertiques.
Situé entre la zone industrielle et agricole, traversé par des fossés de drainage et délimité par une haie d'arbustes et d'arbres matures, le terrain en question est probablement une terre agricole abandonnée. Je ne pourrais pas dire depuis combien de temps cette terre a retrouvé sa liberté, mais les plantes herbacées - verges d'or, asters, valériane, millepertuis, herbe à pou, poacées et compagnie - y poussent dru. 

Friche

Quelque chose dans le courriel me laissait dubitatif et interrogatif. Était-ce le concept d'aménagement du sauvage ?  Moi qui croyais que "sauvage" rimait avec "livré à lui-même" et était de ce fait incompatible avec toute forme d'aménagement. Était-ce le fait de réclamer de l'argent pour le faire ? Moi qui croyais qu'une friche était un état de transition entre le domestique et le sauvage et qu'il suffisait de laisser faire le temps, le seul habilité à décider de son devenir en prairie, en forêt ou en tout autre paysage intermédiaire.
N'étant ni écologue, ni écologiste et n'ayant en matière d'écologie que de vagues notions tirées d'observations personnelles, de lectures et d'une formation déjà ancienne, je me demandais si les concepts de friche et de prairie avait à ce point évolué que j'étais maintenant dans le champ. 

Friche

Soucieux de combler mes lacunes, je me mis à la recherche de définitions et voici ce que je trouvai. Pour Wikipedia, "une friche est une zone, un terrain ou une propriété sans occupant humain actif, qui n’est en conséquence pas ou plus cultivée, productive ni même entretenues." Selon la même source, "une friche agricole résulte de l'abandon des terres. Lorsque la friche commence à se reboiser naturellement, on parle alors d' « accrus ». La friche doit être distinguée de la jachère, qui est une préparation et un repos du sol." Jusque là, rien de très nouveau.
Pour le Ministère de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation du Québec (MAPAQ), "une friche fait référence à une superficie agricole abandonnée, sans intention d’être cultivée, où s’implante graduellement une végétation naturelle, incontrôlée et donc impossible à travailler avec un équipement aratoire conventionnel." L'Union des producteurs agricoles (UPA) va un peu plus loin et catégorise les friches en fonction de leur couverture végétale. "La couverture végétale varie d’une friche à l’autre sous l’influence de plusieurs facteurs, dont l’âge de la friche, les anciennes utilisations du terrain, la qualité du sol, la topographie, les conditions hydriques, la géologie et le climat. Dans le temps, la friche est constituée d’une succession de végétaux qui, laissée à elle-même, redeviendra une forêt. Les couvertures végétales observées sont celles qui occupent le territoire à un moment donné. On regroupe souvent sous trois vocables les friches : herbacées, arbustives et arborées."

Friche

C'est donc bien le temps qui décide du sort de la friche. Si l'aménager signifie y tracer un sentier et y installer quelques panneaux d'interprétation du milieu, alors tant mieux ! Si par contre il s'agit d'y introduire des espèces végétales potentiellement plus attractives pour les pollinisateurs au détriment de celles déjà implantées, de préserver le peuplement herbacé d'une éventuelle colonisation par les ligneux, alors il me semble que le geste, aussi louable soit-il, perd de sa valeur écologique. Il risque aussi d'être moins durable ou de devenir couteux en entretien. Et puisque l'argent est difficile à trouver, ne vaudrait-il pas mieux privilégier des solutions plus utiles à long terme, comme l'éducation.

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