Les bourdons se suivent...

...et ne se ressemblent pas toujours.


Répétez-le autour de vous, les bourdons ne sont pas les mâles des abeilles. Ils constituent un genre à part entière, le genre bombus, dont il existe environ 250 espèces en tenant compte uniquement de l'hémisphère nord (c'est là qu'ils sont les plus abondants).
En prenant le temps de les regarder de plus près, on constate parfois des différences de coloration. Dans la photo, la couleur orange saute aux yeux, mais cela peut être plus subtil comme la proportion ou la répartition du jaune, du noir, du orange et du blanc sur les différents segments. Il s'agit rarement de variations individuelles liées au sexe, l'âge ou la coquetterie. Généralement, ce sont des espèces différentes. Ici, ce pourrait bien être Bombus sylvicola.

Mélèze laricin, Larix laricina, Tamarack


En hiver, si vous croisez un "sapin" sans aiguille, c'est qu'il est mort...ou qu'il fait semblant. Dans le deuxième cas, c'est un mélèze; en tout cas au Canada.
On a avancé beaucoup d'hypothèses pour expliquer cette déviance du comportement des conifères, mais selon le fameux principe du rasoir d'Ockham, dont la formulation moderne veut que l'hypothèse la plus simple soit la plus vraisemblable, la seule vraie raison de ce comportement est que le mélèze ne voulait pas finir sur le bord d'un trottoir, un lendemain de Noël.
Comme l'illustre la photo ci-dessus, le mélèze est une espèce monoïque. Contrairement aux hermaphrodites dont les sexes sont portés par la même fleur et contrairement aux dioïques dont les sexes sont portés par des individus différents, les sexes sont portés par la même plante mais par des fleurs différentes: les fleurs mâles, ou plutôt inflorescences ou cônes mâles, sont ici en haut (couleur crème) et les cônes femelles en bas (couleur rose). Ce sont ces dernières qui évolueront pour donner les cônes écailleux et secs qui valent leur nom aux conifères. Si l'ovule a été fécondé, la graine se trouvera à la base de l'écaille.       
  
 

Les trilles du Québec

Quand on les croise au printemps dans les sous-bois après cinq longs mois de privation botanique, les trilles ne laissent personne indifférent. Ce n'est peut-être pas la première fleur à s'épanouir (il s'en faut de peu), mais c'est certainement une des plus spectaculaires.
Il y a 4 espèces au Québec (une quarantaine dans le monde, dont une trentaine en Amérique), faciles à distinguer les unes des autres. Chez les trilles, tout va par trois (d'où le nom): les feuilles, les sépales, les pétales, les styles et les étamines (deux fois trois).
Pour les reconnaître, il suffit de regarder la fleur.
Fleur de couleur rouge foncé, c'est le trille dressé (Trillium erectum).


Grande fleur d'un blanc immaculé placée au-dessus des feuilles, c'est le trille grandiflore (Trillium grandiflorum); le plus abondant dans la région montréalaise.


Fleur blanche aussi, mais un peu plus petite et cachée sous les feuilles, c'est le trille penché (Trillium cernuum); une espèce plus boréale bien qu'on la trouve dans la réserve nationale du lac Saint-François, un lieu exceptionnel à plus d'un titre.


Fleur blanche veinée de pourpre, c'est le trille ondulé (Trillium undulatum).


C'est aussi simple que ça.
Mais alors les fleurs roses qui ressemblent à un trille, qu'est-ce que c'est ?


Facile, c'est l'âge d'or du trille grandiflore qui rosit en vieillissant.
Quand on s'intéresse aux propriétés médicinales des plantes, on finit toujours par trouver un usage ancien par une civilisation oubliée, qui se transmet de bouche à oreille ou par l'intermédiaire d'un vieux grimoire à moitié effacé. Quand le secret est dévoilé par un service de marketing, le remède n'est pas toujours d'une grande efficacité. Quand c'est le fruit du travail des ethnopharmacologues, des ethnobotanistes, des chimistes et des pharmacologues, il arrive encore que cela donne un nouveau médicament. Le trille n'échappe pas à la règle. On lui prête de nombreux usages, en particulier par les amérindiens, mais rien qui semble avoir suscité l'intérêt de la science (cela viendra peut-être).       
      

Au rythme de la la nature


Aujourd'hui est idéal pour honorer ses commandes. j'écrirai donc cet article sur le mangoustan pendant que ma blonde mettra un nom sur un mégot de cigarette trouvé à côté d'un cadavre.
Demain sera un autre jour. Une promesse d'éclaircie m'emmènera à Philipsburg, écouter si les parulines azurées sont arrivées: zeur, zeur zeur zeur zriiiiii.

L'entre-deux-mondes


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Dans le sud du Québec, près de la frontière américaine, il existe un endroit aussi mystérieux que dangereux, un lieu impénétrable entre terre et eau, le marais Fraser. Un érable rouge en garde l'entrée depuis des centaines d'années sans jamais avoir failli à la tâche.
Si ses cicatrices ne vous dissuadent pas de poursuivre l'aventure, l'armée des symplocarpes fétides postée un peu plus loin saura vous arrêter. Mais malgré leur air menaçant, sachez que c'est vous qu'ils protègent, car au delà de leurs rangs, le sol est mouvant et les dangers vous guettent. Le Saint-Laurent n'est qu'à 1,6 km à vol d'oiseau - tant mieux pour eux - mais pour le simple bipède que vous êtes, ce qu'on appelle les Everglades du Québec sont sans issue. Certes, ici, le danger ne vient pas de l'eau et vous ne risquez pas d'être dévoré par un alligator. Non, dans ce marais, le péril vient des arbres, dont le simple contact vous brûle jusqu'aux os. 

Le gardien
Passez cette ligne de choux puants, attendez-vous au pire !

Symplocarpus foetidus
Certains l'appellent une fleur: il vous aura prévenu
Rhus vernix: le bois d'enfer
Bon, j'ai peut-être un peu exagéré les dangers. Si le Sumac à vernis contient bien une résine irritante composée d'urushiol, il faut qu'elle suinte par une plaie de la plante pour provoquer des irritations de la peau et toutes les personnes n'y sont pas sensibles. Mais, dans le doute, s'abstenir d'y toucher.   

Pic maculé, Sphyrapicus varius, Yellow-bellied Sapsucker

Quelques images de mauvaise qualité (comme d'habitude), volées à un pic maculé par la fenêtre de mon bureau  (tu n'avais qu'à ne pas me déranger).
Pourquoi les pics tambourinent-ils ainsi ?


Il y a au moins deux bonnes raisons. Premièrement, c'est une façon d'attirer l'attention d'une compagne, au moins aussi valable (sinon plus) que de faire jouer la radio de sa décapotable. Deuxièmement, c'est une façon de fixer et de revendiquer un territoire beaucoup plus agréable qu'un douanier américain (vous pouvez étendre le caractère à la nationalité de votre choix).
Les pics ne jouent pas du bec sur n'importe quelle surface; ils cherchent la résonance d'un tronc creux ou d'une gouttière. Chacun a son style: le pic maculé commence par une première série extrêmement rapide, puis la fréquence des coups ralentit et devient irrégulière. Ça pourrait s'écrire: trrrrrrra-ta-tata-tata--ta--tata-----tata, mais c'est mieux d'aller l'écouter ici (le cinquième).   

Orignal, Alces americanus, Moose

Quand, en se promenant en forêt, on trouve ça...

Si on regarde bien autour, on peut voir ça...


Et avec un peu de chance, tomber nez à nez avec ça...


L'orignal habite les forêts boréales de tout l'hémisphère nord. Dans les congrès de biologistes, on se demande encore si  les animaux américains sont une espèce à part entière (Alces americanus) ou une sous-espèce (Alces alces americana) de l'Élan d'Europe (Alces alces) qui devient alors Alces alces alces; et c'est sans parler des distinctions entre pays d'un même continent ou entre provinces d'un même pays. Pour compliquer les choses, le mot "orignal" utilisé en Amérique francophone vient d'Europe, plus précisément de "oreinak" qui veut dire "Hé Paskoal, c'est pas un cerf là-bas ? Où ça, je ne vois rien." en langage de marin Basque mettant pied à terre en Amérique entre deux chasses à la baleine.
Le marin basque avait l’œil, car l'orignal est un magicien qui ne se laisse pas voir par tout le monde. Le plus gros des cervidés peut en effet se rendre invisible en un clin d’œil; il lui suffit de faire quatre pas de côté et il disparaît derrière un arbre.
L'animal est plutôt solitaire en dehors du rut: 1 orignal pour 10 km2 en forêt Montmorency et jusqu'à 10/10 km2 en Gaspésie, si je me souviens bien de ce que nous a dit Pierre Vaillancourt, l'excellent guide naturaliste de la forêt Montmorency. Je dois préciser que Pierre, outre sa très grande expérience du terrain, est une mine inépuisable d'informations et j'invite ceux qui veulent profiter de leur passage dans la forêt Montmorency à le contacter.  

Porc-épic d'Amérique, Erethizon dorsatum, American Porcupine

On sait qu'une espèce est abondante quand, à la fin d'une randonnée, on ne lui prête plus guère attention. C'est ce qui a failli nous arriver avec le porc-épic de la forêt Montmorency (Québec). Quand on ne peut même plus s'asseoir au bord d'un lac à la brunante, pour écouter les crucifères saluer le coucher du soleil  ,sans se faire renifler les fesses par une couronne d'épines, c'est qu'on frôle la surpopulation. Mais, comme on ne vit pas là, ce fut parfait et même espéré.
Pour arriver à un tel résultat, il y a quelques conditions à réunir. D'abord, il faut engager une équipe de chasseurs qui va vous débarrasser des prédateurs du porc-épic; en l'occurence, le carcajou (disparu du Québec). Les autres, le trappeur, le pékan et l'automobile, ne semblent pas suffire à limiter les effectifs, à moins que le pékan soit une nouvelle victime du premier de la liste. La deuxième condition: il faut s'éloigner des routes et chercher des endroits moins fréquentés par l'humain, la forêt Montmorency par exemple. Enfin la dernière condition et elle vaut pour tous les animaux: il faut être silencieux, immobile et attentif. La curiosité des animaux fera le reste et ils s'approcheront timidement pour voir pourquoi vous n'avez pas tiré dès que vous les avez aperçus. Il est vrai que l'obscurité naissante et la myopie légendaire du porc-épic contribuent aussi à la proximité du contact.
C'est un drôle d'animal, avec ses épines disposées aux endroits stratégiques, la tête et l'arrière-train. Généreux, ils n'hésite d'ailleurs pas à vous en faire cadeau. Une fois plantées dans la peau, les barbillons dont les pointes sont bardées rendent difficiles leur extraction. Ma blonde, prête à tous les sacrifices pour faire avancer nos connaissances, en a fait l'expérience.
Le porc-épic n'est pas le seul de sa famille. En fait, il y a deux familles: les éréthizontidés (4 genres, 12 espèces) qui peuplent les  Amériques et les hystricidés (3 genres, 11 espèces) qui se partagent le reste du monde. Les hérissons, tout aussi piquants, ne font pas partie de ces familles; les oursins non plus, mais on s'en doutait un peu.   

Trille penché, Trillium cernuum, Nodding Trillium

Sur la quarantaine d'espèces de trilles que compte la planète, on peut en voir quatre au Québec. À ce qu'en dit la flore laurentienne, le Trille penché domine le nord et se fait rare dans le sud; ce qui rend la Réserve nationale du lac Saint-François encore plus extraordinaire. 


Morille blonde, Morchella esculenta, Common Morel

Cela faisait plus de 10 ans que je n'avais pas fait une bonne rencontre comme celle-là. C'était à peu près au même endroit. Trop belle pour la cueillir, je l'ai laissée pour le plaisir de la découverte par d'autres.


Si l'âge tue...

Il blanchit d'abord
Il finira par avoir sa tête
Mais le tussilage s'en fout
C'est tout ce qu'il attend.




Le flamant des pavés

Les enfants sont des magiciens. D'un coup de craie, ils peuvent faire apparaître la nature dans des endroits où l'on ne s'attendrait pas à la trouver. Hybride entre le flamant rose et un souvenir de vacances en Floride, le flamant des pavés est une espèce éphémère qui resurgira au fil des générations tant que le rose existera. Si seulement les parents ne rêvaient pas secrètement de faire de leurs enfants des vedettes du hockey ou du foot, la magie se prolongerait peut-être et le monde serait plus beau. 

L'hydre du 4,5,0

Moins exotique que celle de Lerne, elle parait aussi beaucoup moins terrifiante. Elles nous observaient tandis que nous sirotions notre café, tranquillement assis dans les marches, chauffés par les premiers rayons du soleil et interpellés par le chant des bruants à gorge blanche qui finiront peut-être un jour par trouver Frédéric (je précise pour les non-amateurs d'oiseaux que "Où est-tu Frédéric, Frédéric ?" est la phrase mnémotechnique associée au chant de ce bruant).

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