Chouettes et hiboux à gogo

Rien de tel qu'une promenade en raquettes dans un parc de l'île de Montréal pour observer un strigidé. Un hibou moyen-duc hier, une chouette rayée aujourd'hui, ils sont partout. Il y en a même en plein centre-ville de Montréal.
Encore faut-il mettre le nez dehors; ce qui n'est pas toujours chose aisée quand il fait froid et que les programmes de la télévision de Noël sont si intéressants. Ce matin, le -18° C du thermomètre était tempéré par l'absence de vent. Alors, autant en profiter avant que la vie ne passe. Et, au détour du chemin, le plaisir de croiser le regard obscur de Strix varia et d'être conscient l'un de l'autre valait bien l'effort déployé pour ouvrir la piste.

Un mauvais moment à passer

Rien de triste pour la tourterelle ! Face au vent, les plumes hérissées pour emprisonner une couche d'air isolante, il n'y a plus qu'à attendre que la tempête passe.



Chouette épervière, Surnia ulula, Northern Hawk Owl

Celle-là a été photographiée en août 2001 à la tourbière d'Alfred en Ontario. Pour une habitante de la forêt boréale qui a la réputation de na pas migrer, sa présence dans le sud ontarien en cette saison avait de quoi surprendre.
En fait, les chouettes nordiques, et d'autres oiseaux de ces régions, viennent périodiquement passer l'hiver plus au sud. Certaines se plaisent tellement qu'elles prolongent leur séjour. Pour le Harfang des neiges, le cycle est d'environ 5 ans, Pour la chouette épervière, la chouette lapone et la nyctale de Tengmalm, il est de 4 ans. Le dernier pic d'observations a eu lieu en 2008.    


Mésange à tête brune, Poecile hudsonicus, Boreal Chickadee

La mésange à tête noire (Poecile atricapilla) est tellement présente dans le sud du Québec qu'on en oublie l'autre représentante du genre: la mésange à tête brune. Il est vrai qu'elle est plus discrète, mais c'est aussi une habitante des forêts de conifères. Plus au nord, le père Noël en voit certainement plus que nous.



Milan à queue fourchue, Elanoides forficatus, Swallow-tailed Kite


Encore du vieux stock ! Celui-là remonte à 2002.
Cette année-là, la municipalité de Forestville, dans la région de la Haute-Côte-Nord, a créé tout un émoi dans la communauté ornithologique québécoise et probablement ontarienne, et peut-être même un peu plus. C'est qu'on a pu y observer un milan à queue fourchue du 25 août au 4 septembre. La limite nord de sa distribution étant la Caroline du Sud, on comprend pourquoi les mentions sont plutôt rares au Québec. C'était la première officielle en 2002. Il y en a eu trois autres depuis, dont deux en 2008 (peut-être le même oiseau).
Nous avions rendez-vous avec les baleines bleues au large de Portneuf-sur-Mer, mais un petit détour jusqu'à l'entrée de Forestville nous a permis de saluer le visiteur.

Cigogne blanche, Ciconia ciconia, White Stork

Il y a quelques années, un séjour dans le sud de la France m'a permis d'observer mes premières cigognes blanches. La première rencontre se fit en Camargue, un individu posé dans un champ. Comme c'était en septembre, j'imagine qu'il s'agissait d'un migrateur en route pour son aire d'hivernage subsaharienne. La seconde eut lieu un peu plus à l'ouest au parc ornithologique du Teich au bord du bassin d'Arcachon, un très bel espace naturel qui accueille de nombreux oiseaux sauvages. Il abrite notamment une colonie de cigognes qui n'étaient apparemment pas encore parties.
Je me souviens aussi  avoir croisé la route d'un couple d'ornithologues suisses très excités par l'observation d'un busard Saint-Martin que j'avais à peine regardé. Je n'avais pas encore réalisé que contrairement au Québec où il est assez fréquent d'en observer, l'oiseau est rare et protégé en Europe.

Renard d'Anticosti

 
À Anticosti, une île d'environ 200 km de long sur 50 de large située dans le golfe du Saint-Laurent, il y a un avant et un après Menier.
En 1895, le chocolatier français achète l'île pour en faire sa réserve de chasse. Il y fait bâtir un village et y introduit diverses espèces d'animaux. Parmi ceux-ci, le cerf de Virginie va devenir un véritable désastre écologique, mais une source de profit encore exploitée en attendant que le pétrole jaillisse.
Il y introduit également le renard gris d'Amérique, ou renard argenté (Urocyon cinereoargenteus) et un hybride entre le renard gris et le renard roux. Les deux espèces se lient rapidement d'amitié avec la  population locale de renards roux (Vulpes vulpes) et, aujourd'hui, leur descendance abonde sur l'île, au grand plaisir des visiteurs. 

Retour au Mont Saint-Bruno

J'aime bien me promener entre les cabanes des gens riches et célèbres. En longeant le lac seigneurial, j'ai pu constater que la gondole de Venise ou de Guy -c'est selon- a été remisée pour l'hiver; intéressant n'est-ce-pas ? Je me demande si elle se voit de l'espace.
La fin de semaine dernière, la petite neige qui tombait (ou peut-être est-ce l'effet du magasinage de Noël) semble avoir refroidi les promeneurs. Nous en avons profité pour chercher la Chouette rayée, aperçue quelques semaines auparavant. Elle nous a probablement vus, mais a décidé de se faire discrète.
En revanche, le grand-pic était au rendez-vous, ainsi que trois cerfs de Virginie. Il y en a peu au mont Saint-Bruno, leurs traces sont rares. Sont-ils "gérés" ? Nous y avons vu aussi des mésanges, les deux espèces de sittelles et une centaine de sizerins avec lesquels nous n'avons pas pratiqué le jeu favori des observateurs d'oiseaux, celui qui consiste à chercher le sizerin blanchâtre au milieu des flammés. Pour ceux que cela intéresse, c'est une année à sizerins. Leur abondance dans le sud du Québec en hiver suit en effet un cycle de deux ans.


Les phytoestrogènes

Les maladies hormonodépendantes comme certains cancers et l'ostéoporose sont beaucoup moins fréquentes au Japon et en Chine que dans les pays occidentaux. Cette particularité, qui tend à s’atténuer depuis que les habitudes alimentaires occidentales pénètrent les sociétés chinoises et japonaises, a été attribuée à la diète orientale riche en soja et en ses produits dérivés. On a découvert par la suite que cette légumineuse était particulièrement riche en phytoestrogènes.

Les phytoestrogènes ne sont pas des œstrogènes


L'oestradiol, le principal oestrogène
Le terme « phytoestrogène » est apparu au cours des années 80 pour désigner les composés chimiques produits par les végétaux qui ont des effets oestrogéniques chez l'animal. Bien qu'ils ne soient pas à proprement parler des œstrogènes – ce ne sont pas des stéroïdes, mais des composés phénoliques – leur structure est suffisamment ressemblante pour qu’ils soient capables de se fixer sur leurs récepteurs.
Les phytoestrogènes sont largement distribués dans le règne végétal. Tous ont en commun un noyau phénolique indispensable à leur liaison avec les récepteurs des oestrogènes, mais on peut les diviser en quatre grandes familles, selon leur structure chimique.
  1. Les isoflavonoïdes. Premiers à avoir été identifiés il y a environ 65 ans, ce sont ceux dont les effets sont les plus étudiés et les mieux connus. Les principaux sont : la daidzéine, la génistéine, la biochanine A, la formononétine, la glycitéine et la puérarine.
  2. Les flavonoïdes, comme les anthocyanidines, la prénylaringénine et le resvératrol, ont une faible activité oestrogénique.
  3. Les coumestans parmi lesquels le coumestrol.
  4. Les lignanes, notamment le sécoisolaricirésinol et le matairésinol, sont des composés que l'on retrouve dans la plupart des plantes ; ils contribuent à leur défense.

Où trouve-t-on des phytoestrogènes ?


La daidzéine, un phytoestrogène du soja
La plupart des plantes, pour ne pas dire toutes, contiennent des phytoestrogènes. Toutefois, certaines en sont particulièrement riches; c'est le cas de celles appartenant à la la famille des légumineuses comme le soja, la luzerne et le trèfle rouge. D’autres plantes sont considérées à tort comme de bonnes sources de phytoestrogènes : l'igname sauvage, le chou palmiste, le gattilier, le ginseng, l'angélique chinoise et l'actée à grappes noires. Dans le cas de l’actée à grappes noires, ses effets positifs sur la ménopause passent par une voie différente des phytoestrogènes.
Une théorie veut que les phytoestrogènes soient un mécanisme de défense développé par les plantes fourragères au cours de leur évolution, afin de limiter l'effectif des troupeaux qui s’en nourrissaient. En Australie, par exemple, on a constaté que les brebis qui paissaient dans des champs de trèfle avaient un taux de reproduction beaucoup plus bas que les autres.
Dans notre alimentation, les phytoestrogènes sont apportés par les fruits et les légumes. La viande peut en contenir également, mais en beaucoup plus faible quantité. On y trouve principalement de l'équol, de l'entérodiol et de l'entérolactone qui sont les formes biologiquement actives des phytoestrogènes obtenues par la transformation de la daidzéine, du sécoisolaricirésinol et du matairésinol par le métabolisme animal.
La principale source alimentaire de phytoestrogènes, en particulier d’isoflavonoïdes, est probablement le soja. Bien que les conditions de culture et le conditionnement alimentaire puissent en faire varier la teneur, le soya  est riche en daidzéine, en génistéine et en glycitéine. Il contient aussi du coumestrol dans une moindre proportion.
Nombreux sont ceux qui consomment du soja sans le savoir. Environ 60 % des aliments préparés en contiennent: hotdogs, hamburgers, saucisses, barres et boissons énergétiques, préparations pour nourrisson, céréales, crèmes glacées et produits de substitution du lait. Le soja est très utilisé comme additif alimentaire car il est une bonne source de protéines, de fibres et d’acides gras cis, mono- et poly- insaturés. En outre, il est dépourvu de cholestérol.





Au chapitre des légumineuses, on peut également mentionner le pois chiche qui est riche en biochanine A et les germes de luzerne qui contiennent de la formononétine et du coumestrol. Le kudzu (Pueraria montana), quant à lui, contient de la puérarine.
On trouve aussi dans notre alimentation des phytoestrogènes de la famille des flavonoïdes. C’est le cas de la prénylnaringénine produite par le houblon (Humulus lupulus) et présente dans la bière en petite quantité (moins de 20 µg/L). Il y a aussi le resvératrol, présent dans l'arachide, dans le raisin et dans ses produits dérivés comme le vin.
Enfin, les lignanes sont apportés par les céréales et les grains entiers, particulièrement par les graines de lin et de sésame (on n'en trouve pas dans l'huile) et par le seigle. Les graines de citrouille, les canneberges, le thé et l'ail en contiennent également. Par ailleurs, la graine de lin est une bonne source de coumestrol.


Teneur en phytoestrogènes de quelques aliments


Aliments (100 g)
Isoflavonoïdes
Lignanes
Phytoestrogènes totaux
(mg)(mg)(mg)
Produits du soja
Haricot (ou fève) de soja
103,60
0,270
103,90
Noix de soja (fèves roties)
68,60
0,120
68,72
Tofu
27,10
0,031
27,13
Tempeh
18,30
0,030
18,33
Miso
11,10
0,064
11,20
Lait de soja
2,90
0,012
3,00
Végé-burger
1,70
0,015
1,71
Sauce soja

0,13

0,014

0,15

Autres aliments


Lin
0,320
379,00
379,40
Sésame
0,010
8,00
8,01
Sauce de haricots noirs
5,300
0,01
5,31
Hummus
0,014
0,98
0,99
Ail
0,020
0,58
0,60
Germes de haricot mungo
0,230
0,13
0,49
Abricots séchés
0,040
0,40
0,44
Germe de luzerne
0,390
0,04
0,44
Dattes séchées
0,005
0,32
0,33
Pruneaux
0,004
0,18
0,18
Huile d'olive
0,038
0,14
0,18

Données tirées de : Phytoestrogen content of foods consumed in Canada, including isoflavones, lignans, and coumestan, Thompson et Al., Nutrition and Cancer, 54 (2). Il est également possible d'obtenir la teneur en isoflavones de plusieurs aliments sur le site de L'USDA (United States Department of Agriculture).





Si l’alimentation ne suffit pas, il est possible de trouver des suppléments de phytoestrogènes qui sont le plus souvent obtenus à partir du soja et du kudzu. Au moment de les acheter, il est important de lire attentivement l'étiquette. Elle indique souvent la quantité totale en isoflavones, ce qui inclut les glucides auxquels ils sont naturellement liés et qui peuvent représenter 50 % du poids.
On peut aussi trouver du trèfle rouge qui est riche en daidzéine, en génistéine, en biochanine et en formononétine, ainsi que de la racine de réglisse qui contient de la glabridine et du glabrène. L'armoise commune contient, quant à elle, des phytoestrogènes de la famille des flavonoïdes.
Par ailleurs, il existe également un dérivé synthétique de la daidzéine appelé ipriflavone. Ce produit est en vente libre en Amérique du Nord, mais son utilisation nécessite un suivi médical.

Les vertus des phytoestrogènes


Bien qu'ils soient connus depuis plus d'un demi-siècle, la science peine à établir la valeur thérapeutique des phytoestrogènes et. On a beau constater que le taux des maladies hormonodépendantes est plus faible chez les femmes orientales qui consomment beaucoup de soja, les résultats sont beaucoup moins spectaculaires lorsque les femmes occidentales se mettent à prendre des suppléments de phytoestrogènes.
Une des explications résiderait dans la flore intestinale. Ainsi, dans les plantes, la plupart des phytoestrogènes sont liés à des sucres pour former des glucosides. Seulement 5 % d’entre eux sont sous forme libre, la seule forme assimilable par notre organisme. Pour passer dans le sang, les phytoestrogènes doivent d'abord être libérés de leur partie glucidique. Puis, pour exercer leur effet sur l’organisme, ils doivent être transformés en composés biologiquement actifs (équol, entérodiol et entérolactone) par certaines bactéries de la flore intestinale. Or, on estime que 30 % des individus seulement possèdent les bactéries nécessaires à cette conversion. Toutefois, il semble que cette incapacité ne soit pas irrémédiable et qu’à long terme, une diète riche en phytoestrogènes puisse favoriser le développement d'une flore intestinale compétente.
D'autres hypothèses ont aussi été avancées pour expliquer les différences entre les pays orientaux et occidentaux : le bagage génétique des populations, la durée de l'exposition aux phytoestrogènes et surtout l’âge du premier contact. Certains spécialistes pensent qu’une exposition avant la puberté pourrait influencer la sensibilité de l'organisme aux effets des phytoestrogènes.


Indications et efficacité des phytoestrogènes de quelques aliments


Efficacité des isoflavonoïdes (Ipriflavone)Efficacité des lignanes
Prévention des cancers hormonodépendants
(sein, utérus, ovaire, prostate)
IncertaineIncertaine
Infertilité féminine
Incertaine-
Mastalgie
Incertaine-
Syndrome prémenstruel
Incertaine-
Symptômes de la ménopause
Très probableIncertaine
Ostéoporose
Incertaine (Très probable)-
Perte de poids
Incertaine-
Contrôle de la glycémie
Incertaine-
Hypercholestérolémie
Très probableIncertaine
Préservation des fonctions cognitives
Incertaine-


Comment agissent-ils ?


Une fois absorbés, les phytoestrogènes, comme tous les nutriments, sont dirigés vers le foie où une partie d'entre eux est excrétée avec la bile. Leur quantité dans le sang est maximale entre 4 et 7 heures après leur ingestion, puis elle décline ensuite rapidement; la plus grande partie étant éliminée par voie urinaire. À titre d'exemple, la moitié de la génistéine absorbée est éliminée en 8 heures environ.
Les phytoestrogènes circulant dans le sang ont deux effets : des effets hormonaux, oestrogéniques, et des effets non hormonaux, antitumoraux, antioxydants et anti-inflammatoires.
L’activité hormonale passe par la liaison des phytoestrogènes aux récepteurs des œstrogènes (ER), qui sont de deux types : les récepteurs alpha (ERα ) et les récepteurs bêta (ERβ). Les effets vont ensuite dépendre de la quantité de phytoestrogènes dans le sang, de la quantité d’oestrogènes endogènes, du type de récepteur sur lequel ils se fixent et de l’organe cible. Les phytoestrogènes ont une plus grande affinité pour les récepteurs bêta, qui sont localisés dans les os, le cerveau, les vaisseaux sanguins et la vessie. Cela signifie que ces organes sont plus sensibles à leurs effets. Toutefois, les phytoestrogènes ont 100 à 1000 fois moins d’effets que les œstrogènes endogènes.
Par conséquent, lorsque le taux d'œstrogènes est élevé (entre 30 et 400 picogrammes/ml de sang selon le jour du cycle), les phytoestrogènes déplacent les œstrogènes de leur récepteur et diminuent ainsi l'activité oestrogénique globale (puisque leurs effets sont moins importants). En revanche, lorsque le taux d'œstrogènes est bas (inférieur à 30 picogrammes/ml de sang chez la femme ménopausée), les phytoestrogènes se fixent sur les récepteurs libres et augmentent l'activité oestrogénique globale.





À quelle dose ?


Au Japon, la consommation d'isoflavonoïdes peut atteindre 50 mg par kilo de poids corporel et par jour. Dans la diète américaine conventionnelle, elle est d'environ 1 à 3 mg par jour. Cependant, elle peut  facilement dépasser celle des japonais dans le cas d'un régime végétarien. À titre de comparaison, la concentration sanguine en daidzéine, génistéine et équol est 7 à 110 fois plus grande dans la population japonaise que dans la population finnoise. La concentration sanguine en génistéine est de 25 ng/ml chez les japonaises, un peu moins chez les femmes occidentales végétariennes et de 2 ng/ml chez les américaines.
Pour un effet thérapeutique, les spécialistes estiment qu'il faut consommer quotidiennement entre 50 à 80 mg d'isoflavones de soja ou 40 mg d'isoflavones de trèfle rouge. Certaines études indiquent que 15 mg de génistéine seule par jour un effet.
En ce qui concerne les graines de lin qui sont riches en lignanes, la consommation quotidienne effective est estimée entre 5 et 38 g.
Pour le dérivé synthétique des isoflavones, l'ipriflavone, la dose habituellement prescrite en cas d'ostéoporose est de 200 mg, trois fois par jour, avec des suppléments de calcium.

Faut-il se méfier des phytoestrogènes ?


En raison de leur activité hormonale, les phytoestrogènes peuvent être considérés comme des perturbateurs endocriniens, au même titre que des polluants environnementaux comme le bisphénol A ou le DDT. Par exemple, on a remarqué qu’à dose élevée, ils pouvaient modifier le cycle menstruel et le taux d'œstrogènes dans le sang. Certains spécialistes s'inquiètent donc des effets que pourraient avoir des doses excessives sur la santé humaine.
La question concerne principalement les femmes ayant un risque plus élevé de cancer du sein. Puisque les œstrogènes naturels stimulent la prolifération des cellules cancéreuses, plusieurs se demandent si les phytoestrogènes ne pourraient pas avoir le même effet. Ces inquiétudes sont appuyées par des études sur l'animal montrant que les isoflavonoïdes de soja peuvent stimuler les cellules cancéreuses. Chez l'humain, les résultats sont contradictoires, mais dans les pays où la consommation de soja est élevée, la prévalence des cancers du sein est moins élevée qu'en Occident où la consommation est faible. Il n'y a donc pas lieu de trop s'inquiéter. À l’heure actuelle, en l'absence de consensus sur l'effet protecteur ou inducteur des phytoestrogènes sur les cancers hormonodépendants, on recommande aux femmes à risque de s'abstenir d'en consommer des quantités importantes.
La question de l'impact des fortes doses de phytoestrogènes se pose aussi dans le cas des femmes enceintes car ces composés traversent la barrière placentaire et on se demande s’ils ne pourraient modifier le contexte hormonal dans lequel se développe le fœtus. II en est de même pour l'enfant nourri au sein lorsque la mère prend des suppléments, ainsi que pour l’enfant nourri avec des formules pour nourrisson qui contiennent du soja.
En ce qui concerne les interactions avec les médicaments, des études ont montré que les isoflavones de soja peuvent bloquer l'action du tamoxifène, un médicament utilisé contre le cancer du sein. Il ne semble pas en revanche qu’ils interfèrent avec les contraceptifs oraux.


Sources


  1. Cederroth, C. R. & Nef, S. Soy, phytoestrogens and metabolism: A review. Molecular and cellular endocrinology 304, 30–42 (2009).10
  2. Dixon, R. a Phytoestrogens. Annual review of plant biology 55, 225–61 (2004).
  3. Patisaul, H. B. & Jefferson, W. The pros and cons of phytoestrogens. Front Neuroendocrinol 31, 400–419 (2011).
  4. Setchell, K. D. R. & Lydeking-Olsen, E. Dietary phytoestrogens and their effect on bone: evidence from in vitro and in vivo, human observational, and dietary intervention studies. The American journal of clinical nutrition 78, 593S–609S (2003).
  5. Thompson, L. U., Boucher, B. a, Liu, Z., Cotterchio, M. & Kreiger, N. Phytoestrogen content of foods consumed in Canada, including isoflavones, lignans, and coumestan. Nutrition and cancer 54, 184–201 (2006).

Miel sauvage

Avant de nous nourrir, le miel nourrit l'abeille. Le nectar des fleurs passe de bouche en bouche, se mélange aux sucs digestifs des ouvrières et le saccharose est scindé en fructose et en glucose. Ensuite, les abeilles les plus malignes entreposent leur miel hors de notre portée.

Chouette rayée, Strix varia, Barred Owl


Une promenade au Mont Saint-Bruno, hier, nous a valu une belle rencontre. Nous étions sur le chemin du retour, nous disant qu'il n'était pas question de rentrer sans avoir fait une belle observation. Ma blonde pensait à un renard, moi à rien comme d'habitude. Notre conciliabule fut interrompu par un mouvement perçu par le coin de mon oeil droit. C'est toujours des coins que vient la surprise. L'oeil gauche eut tôt fait de s'aligner sur le premier afin d'identifier la bête.

C'était gros, plus gros qu'un gros épervier, même un autour des palombes. C'était brun, mais il faut se méfier de cette couleur qui est souvent la première à venir à l'esprit pour décrire une observation furtive. Le battement silencieux nous fit penser à une chouette ou à un hibou. Se précipiter sur les jumelles pour confirmer l'identification nous aurait irrémédiablement fait perdre l'oiseau de vue. Alors, nous l'avons suivi du regard, silencieux et immobiles, en espérant que son vol ne l'entraîne pas trop loin. Quand il se percha enfin, nous pûmes constater qu'il s'agissait d'une chouette rayée. 
Entre la lapone, immense, et la rayée au regard insondable, je ne sais pas laquelle des deux m'impressionne le plus.  

Boisé Papineau: le paradis des ornithologues

Encore un endroit que nous n'avions pas fréquenté depuis quelques années. Je ne saurai dire combien. Ma notion du temps se limite au passé, simple et  imparfait, et au présent. Le futur, n'en parlons pas, il n'existe pas encore.
La fin de semaine dernière, nous sommes donc retournés au boisé Papineau pour les mêmes raisons qu'il y a 5 à 10 hivers; tenter d'y observer la petite nyctale, le petit-duc maculé, le grand-duc d'Amérique ou la chouette rayée.
Coincé entre une autoroute et un quartier résidentiel, il a quand même bien résisté à la pression humaine. La magnifique hêtraie qui accueillait le visiteur n'a pas bougé d'un pouce. C'est dans la deuxième partie, celle après la voie ferrée, plus loin des regards mais à portée des souliers paresseux, que le bois semble avoir subi le plus de transformation. Les bouquets de thuyas qui abritaient les nyctales sont devenus faméliques et le sous-bois s'est éclairci. L'horizon se devine partout à travers les branches. Le ramassage du bois pour alimenter les feux de camp éparpillés ici et là y est probablement pour quelque chose.
Comme nous n'avons trouvé aucun strigidé, nous nous sommes dirigés vers le coin des mangeoires. Il est toujours là, mais pavé de tellement bonnes intentions qu'on y sentira bientôt le souffre. Avec ses chaises de jardin d'un blanc sale et indestructible, il y règne pour l'instant un parfum de bidonville.  Le recyclage, c'est bien, mais faut-il sacrifier le paysage ? Et s'il faut être assis pour observer le va-et-vient des oiseaux, que ce soit sur une souche ou sur une pierre.  Pour le reste, il existe de bonnes vidéos à regarder dans son salon. Tiens, pourquoi pas celle de Jean-Philippe Gagnon, sur les parulines !

Le paradis des ornithologues

À part ça, rien de particulier aux mangeoires: un photographe en tenue de camouflage, les habituelles mésanges à tête noire, les bruants hudsoniens et les roselins familiers.




Finalement, il nous restait à voir un secteur du bois que nous n'avions encore jamais exploré. Au delà des hêtres, plus loin que la voie ferrée, dépassé les thuyas et les mangeoires et franchi le ruisseau, il y a encore des arbres dont nous repoussions toujours la rencontre à une autre fois...cette fois.
Manifestement, nous n'étions pas les seuls à différer la visite car cette partie du bois semble avoir été plus épargnée. Pas de sentiers, pas de déchets, pas de vestiges de foyer, juste des campagnols suicidaires.     
Suicide, suicide, c'est vite dit !  Il n'y a pas de corde autour du cou du pendu. Non, il s'agit plutôt d'un avertissement: "Visiteurs, vous êtes sur mon territoire de chasse. Ceci est mon garde-manger."
Ce genre de message est caractéristique de la pie-grièche, qui empale ces victimes sur des arbustes épineux (ici, un nerprun cathartique). Est-ce qu'elle en a l'exclusivité ? D'autres rapaces diurnes et nocturnes ne peuvent-ils pas revendiquer la signature ?
 

Bruants et blogueurs, même combat


Ça y est, nous flirtons avec le zéro. Je regarde dehors les oiseaux qui s'activent aux mangeoires et j'admire leur adaptation au froid. Car, si vingt-cinq degrés au dessus de zéro représente déjà un défi pour le métabolisme de base, 30 en dessous...
Le métabolisme de base pourrait se définir comme la quantité d'énergie minimum requise pour maintenir un être vivant, vivant. Par exemple, un adolescent devant un jeu vidéo dans sa chambre à 25°C ou un homme de 47 ans essayant d'attirer l'attention d'une poignée de ses contemporains déjà convaincus, sur la beauté et la fragilité de notre environnement. 
Le métabolisme basal, ça n'a l'air de rien, mais il faut quand même lui fournir assez d'énergie pour faire battre un coeur, ventiler des poumons, faire pousser des poils, connecter quelques neurones, garder les muqueuses humides, cligner des yeux à l'occasion et surtout maintenir la température nécessaire aux réactions biochimiques qui font ce que nous sommes.
Les animaux doivent donc constamment compenser les dépenses énergétiques; ce qu'ils font en mangeant. Mais, comme trouver la nourriture (labourer, chasser, capturer, piquer, marcher, courir  sauter, aller faire son épicerie en automobile) c'est ajouter à la dépense, chaque espèce a développé ses propres stratégies pour minimiser la perte d'énergie consacrée à son apport.
Si, à ce titre,  les "personnes qui souffrent d'un surplus de poids" (raccourci politiquement correct) sont une preuve de la supériorité humaine, les autres espèces n'en méritent pas moins notre admiration. J'invite ceux qui ont la chance de pouvoir visiter le biodôme de Montréal, à s'arrêter devant les aquariums qui reproduisent le fond du Saint-Laurent et à y observer les canards plongeurs. Après s'être débattus contre l'élément liquide pour atteindre le fond, ils se laissent remonter sans un mouvement, tête rentrée dans les "épaules" et ailes plaquées contre le corps pour augmenter leur "hydrodynamisme", limitant ainsi la perte d'une énergie qu'ils réservent pour la prochaine plongée. Quelle ironie tout de même, en être réduit à plonger quand des milliers d'années d'adaptation au vol vous ont conféré autant de légèreté. Sans parler de la température de l'eau, excellente conductrice thermique et de celle de la nourriture qui refroidit de l'intérieur. Ainsi va donc la vie des oiseaux aquatiques.
Un autre exemple de stratégie alimentaire, les bruants. La semaine dernière au jardin, le bruant fauve, un visiteur en route pour le sud,  côtoyait le bruant à gorge blanche, un résident. Deux espèces, deux genres différents, mais un même comportement. Comme beaucoup de bruants, ils dépensent une énergie considérable à gratter le sol pour trouver leur nourriture. En contrepartie, ils s'assurent une relative sécurité d'approvisionnement en exploitant une source de nourriture moins accessible aux autres. C'est un avantage qu'ignore la tourterelle triste, obligée de marcher sur de plus grandes distances pour se nourrir. 

Cornell Lab of Ornithology

Le canal YouTube du Laboratoire d'ornithologie de l'université de Cornell, dans l'état de New York, vaut vraiment le détour. Il y en a plein d'autres comme celle-là.

Mange Mésange


Hier en fin d'après-midi, je terminais une journée exceptionnellement chaude en faisant un tour dans le jardin. J'y rencontrais quelques grenouilles léopards et des rainettes crucifères qui chantaient leurs louanges à l'ouragan Sandy.
Assis dans les marches, j'observais le va-et-vient des oiseaux aux mangeoires. Je décidai alors de renouveler une expérience aux premiers résultats décevants. Graines de tournesol noires dans la main tendue, je m'appprochais des mésanges à tête noire. Fiasco complet. Tout ce que je réussis à faire, c'est d'alerter mes voisins sur mon état de santé mentale. Pourtant, au parc Michel Chartrand, à 1,2 km de là à vol de mésanges, c'est tout juste si leurs bandes ne nous font pas les poches au détour des sentiers si on ne fait même pas semblant de s'intéresser à elles.
Qu'est-ce à dire ? Les mésanges ne sortent pas de chez elles et elles n'apprennent pas les unes des autres ! C'est vrai qu'en hiver, elles ne migrent pas. Quelques couples occupant des territoires voisins  (souvent les mêmes d'un hiver à l'autre) se regroupent en bande d'une dizaine d'individus pour patrouiller un territoire plus vaste qui peut couvrir de 9 à 15 hectares (1 ha équivaut à 10000 m2 , soit la surface d'un carré de 100 m de côté). Au printemps, les couples se dispersent et établissent leur nouveau territoire de reproduction qui fait entre 1 et 5 hectares.
On aurait pu croire qu'au fil des années et des substitutions entre les groupes hivernaux (même si elles sont peut-être rares), la nouvelle se serait répandue dans la société des mésanges que la main tendue d'un humain n'est pas toujours une menace. D'autant plus que deux bandes peuvent se croiser à la frontière, s'observer, reproduire et transmettre un comportement . Un kilomètre entre les mésanges du jardin et celles du parc, ça représente quoi ?  4 à 5 bandes de mésanges qui se font et se défont. Un kilomètre d'arbres peut-être, mais un kilomètre de bungalows, de piscines et de pelouses ? Pour un oiseau qui préfère la proximité du bois, c'est probablement un obstacle à la communication.     

Après elles, la neige

Sandy nous apporte de Floride une belle journée à plus de 20° C, mais un Sedum telephium et l'actée à grappes noires (Cimifuga racemosa) nous rappellent que les premières neiges ne sont plus très loin. L'un et l'autre ne fleurissent jamais avant les premières gelées.




Sittelles et mésanges

La communauté urbaine de Montréal possède quelques beaux parcs; celui de Pointe-aux-Prairies dans l'est de l'île en est un. Une voie ferrée et une autoroute divise, sans les isoler, le parc en trois secteurs: deux boisés qui abritent le Grand-duc d'Amérique et un marais intéressant l'été pour les anatidés et les ardéidés et l'hiver pour les strigidés.
Évidemment, on ne peut pas éviter les mésanges à tête noire dont la proximité n'a d'égal que la fréquentation de l'endroit par l'humain. Curieuses et intrépides, elles viennent percevoir les droits de passage sur leur territoire et nous font croire un bref instant que nous pourrions être amis.
La sittelle à poitrine blanche, voyant le trafic (pour ne pas parler de collusion), a elle aussi franchi le pas. Craintive mais astucieuse, elle finit toujours par surmonter ses appréhensions. Ne s'est-elle pas affranchie de la peur que le ciel lui tombe sur la tête en marchant les pieds au plafond ? 

Biodiversité

Tandis que les feuilles achèvent leur unique migration verticale, celle des oiseaux continue à battre son plein et la biodiversité aviaire augmente temporairement au jardin. Aux estivants qui s'attardent, à ceux qui endurent l'hiver et aux hivernants qui s'annoncent, il faut ajouter les voyageurs de passage qui se désaltèrent à l'un des rares points d'eau non chlorée du quartier.
Grives solitaires, bruants à couronne blanche et à gorge blanche, chardonnerets jaunes, roselins familiers et pourprés, mésanges à tête noire, cardinaux rouges, bernaches du Canada, juncos ardoisés, écureuils gris, tourterelles tristes, ratons laveurs et geais bleus font leur cinéma.      
Pas de merles ? Pourtant le journal du jardin indique qu'ils devraient être en train de dévorer les pommettes de l'arbre de notre voisine, depuis hier. Le temps de vérifier à la fenêtre et ils sont là. Un jour de retard, nous ne ferons pas de scandale; d'autant plus que l'année a été étrangement longue avec un printemps hâtif et un été qui a débordé sur l'automne.
Si la nature est toujours fidèle au rendez-vous, les grives qui viennent nettoyer notre vigne vierge de ses raisins devraient arriver demain. Nous verrons.   

Quelque part sur la rive sud de Montréal

Difficile de profiter de l'automne et de faire craquer les feuilles mortes sous nos pas sans avoir à payer un droit d'accès ou être à la merci d'un coup de fusil ou d'une flèche trop vite décochée.
En cette saison, le bois derrière chez nous se remplit de sportifs camouflés, embusqués et armés qui interdisent aux promeneurs de s'éloigner à plus de 200 mètres de la lisière. Comme si la chasse était un sport ! La chasse n'est ni un sport, ni un droit ancestral. C'est un moyen de se nourrir.
Nous n'avions pas, non plus, envie d'encourager le racket des parcs de la SEPAQ et d'autres organismes du genre qui font payer cher le droit de se promener en nature. Et encore, il ne faut pas s'`écarter des sentiers. Flâner en ville est interdit et marcher dans les bois n'est pas une activité de pauvres.
Le défi était donc de trouver un sous-bois gratuit, sans chasseur, pas trop éloigné et, comble de la difficulté, offrant la possibilité d'observer des strigidés. Difficile mais pas impossible. J'en connais justement un dont l'aspect naturel doit plus à l'abandon qu'à l'origine à en juger par les essences d'arbres qui y poussent (invitation  officielle pour Flora Urbana).
Première impression en arrivant, celle d'une jungle tropicale tant il y avait d'oiseaux qui chantaient. Carouges à épaulettes, étourneaux sansonnets, quiscales rouilleux et merles d'Amérique donnaient un concert  assourdissant. Avec un tel garde-manger, l'espoir de trouver une nyctale, un moyen-duc ou un grand augmentait. 


Deuxième impression: il y avait beaucoup trop de photographes, de ceux qui vous demandent d'identifier l'animal ou la plante qu'ils ont immortalisé avant de la piétiner ou de le faire fuir. Il y en plein les forums internet.
Heureusement, nous avons su esquiver la question habituelle, celle qui a le don de me rendre désagréable: "Et pis, vous avez vu des choses intéressantes ?"
Oui, plein: un merle en hiver, une piste de renard dans la neige, les feuilles qui se ramassent à la pelle en automne, les bourgeons qui débourrent au printemps. Ce n'est évidemment pas la réponse attendue. Ces prétendus artistes animaliers, incapables de produire du beau avec du commun font du banal avec du rare. Ils cherchent le hibou, la chouette, le migrateur rare, l'oiseau exotique perdu ou apporté par une tempête, mais ils ne le voient pas.
Des raretés, j'en ai vu aussi, mais vous ne le saurez pas. N'y voyez rien de personnel mais un coup de flash par un photographe, passe encore. Le problème c'est que vous êtes légion et que la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. 
À dire vrai, c'est ma blonde, sceptique quant à nos chances d'observer des strigidés, qui l'a trouvé. Moi, je regardais les pommes; elle, elle voyait le petit-duc. Un tout petit peu plus grand que la nyctale, mais une coche au-dessus dans la chaîne alimentaire. 

Il est dans la photo, trouvez-le.

Mis à part ce petit-duc maculé amateur de pommes, il y avait beaucoup d'autres choses à voir dans les arbres alentour: des mousses, des champignons, des fruits, des nids de guêpes, des nids d'oiseaux et des oiseaux.







Érables, hier

S'asseoir dans l'automne, le voir, l'entendre, s'abstraire, oublier, tromper la mort l'espace d'un instant.
J'y retourne aujourd'hui.


Couleurs d'automne

Grenouille léopard présentant sa robe de la collection printemps-été


Lorsque les jours se font de plus en plus courts et frais, les grenouilles foncent. La question n'est pas tant de savoir où que comment et pourquoi. Hein ?
Contrairement à nous qui avons tendance à pâlir quand il fait froid, la grenouille léopard, et probablement d'autres, prend une teinte brun foncé qui lui permet de tirer un plus grand profit des rayons de soleil plus maigres.
Collection automne-hiver de la Grenouille léopard 

  
  

Courlis corlieu, Numenius phaeopus, Whimbrel

Pendant que le Québec se berçait de l'illusion d'un avenir meilleur en élisant son premier ministre, je cultivais mon fantasme de la marge en allant séjourner sur un îlot boisé sans eau, ni électricité.
Fidèles au rendez-vous, les courlis étaient là, descendant de la toundra subarctique où ils nichent pour gagner leur aire d'hivernage sur la côte atlantique des États-Unis.

Sterne pierregarrin, Sterna hirundo, Common Tern

On peut observer l'hirondelle de mer en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. À Montréal, elle est visible pendant les migrations aux Rapides de Lachine ou, de l'autre côté, aux écluses de Sainte-Catherine. Selon son continent d'origine, la pierregarin peut hiverner jusqu'en Australie, en Afrique ou en Amérique Centrale. Sa cousine, l'arctique, suit l'été d'un pôle à l'autre.
Sur cette plage de La Haye, il y en avait dans tous les plumages. Du brun sable du juvénile - un bon camouflage quand on passe plus de temps au sol qu'en vol - au gris pâle de l'adulte. En plumage nuptial,  le bec est rouge avec la pointe noire, le front est noir et les ailes sont uniformément grises. En  plumage internuptial, le bec est noir, le front est blanc et les ailes repliées sont marquées d'une barre horizontale plus foncée qui part du poignet (plumage internuptial). Les pattes sont toujours rouges.
La sterne pierregarin  peut être confondue avec la sterne arctique bien que le bec de cette dernière soit entièrement rouge. En cas de doute, il faut regarder la pointe des ailes repliées qui dépasse l'extrémité de la queue chez la pierregarrin.


Bécasseau et gravelot

Si j'avais été au Québec, je serais passé dessus rapidement en disant Bécasseau Sanderling et Pluvier semipalmé. Mais aux Pays-Bas ce serait plutôt Bécasseau Sanderling et Grand Gravelot, avec un doute persistant sur le second, puisque c'est mon premier.

Huîtrier pie, Haematopus ostralegus, Eurasian Oystercatcher

On compte 12 espèces d'huîtriers: une en Europe, l'huîtrier pie; deux en Amérique du Nord, l'huîtrier d'Amérique (4 mentions au Québec depuis 1980) et l'huîtrier de Bachman. Alors qu'en Amérique c'est un oiseau exclusivement côtier, en Europe certains individus ont fait une intrusion à l'intérieur des terres.
Son bec lui permet d'ouvrir les bivalves - huîtres, moules et autres mollusques - dont il se nourrit. Lorsqu'il s'éloigne des côtes, son régime alimentaire change pour des lombrics.


À La Haye où je les ai observés cet été, les huîtriers se regroupent le soir sur les toits plats des installations portuaires comme des pigeons.




Goéland argenté, Larus argentatus, Herring Gull

C'est un des plus grands goélands que l'on peut observer aussi bien en Amérique du Nord qu'en Europe et dans une partie de l'Asie. Ses pattes sont roses, son bec jaune avec un point rouge sur la mandibule inférieure, son dos et ses ailes d'un gris argenté qu'il n'obtient pas avant sa quatrième année, sa tête blanche en plumage nuptial est grisâtre en plumage internuptial.
Chez les goélands, la tête à l'horizontal dans le prolongement du corps qui se relève le temps d'un cri est une attitude adoptée par les adultes pendant la cour ou par les jeunes pour quémander de la nourriture. Ici, il s'agit d'adultes après la période de reproduction (août). Peut-être s'agit-il d'un ancien couple ? le plus petit, qui pourrait être une femelle, demande la permission d'approcher ou se fait reconnaître ? Le plus grand répond  puis se lasse (coup de bec) et demande à l'autre de s'écarter (la position dressée en faisant face à l'adversaire est utilisée dans les colonies lorsque le territoire est menacé). Allez savoir !

Mouette rieuse, Chroicocephalus ridibundus, Black-headed Gull

Gull pour les anglais, Larus pour les savants, mouettes pour la plupart des personnes allongées sur le sable.
L'identification des laridés (mouettes et goélands) remplit facilement le temps libre. Les plus grands comme les goélands marins mettent 4 ans pour afficher leur plumage adulte. Avec deux plumages par an, nuptial et internuptial, et un plumage juvénile, cela fait 9 possibilités. Multipliez par le nombre d'espèces et vous comprendrez pourquoi j'ai des marques de bronzage en forme de guide d'ornitho.
Pour les identifier, c'est "facile". Il suffit de regarder la couleur des pattes (noires, jaunes , roses, rouges), la ou les couleurs du bec (noir, rose, rouge, orange, jaune, jaune avec un point rouge, rouge avec la pointe noire, jaune avec la pointe noire, jaune avec un trait noir, etc.), les couleurs et les motifs de la tête (blanche, grise, noire, tête blanche avec un point noir derrière l'oeil, tête blanche avec un trait vertical noir derrière l'oeil). Il faut regarder aussi la couleur du plumage des ailes, la disposition des nuances de gris ou de brun si c'est un jeune et les couleurs des bords d'attaque et de fuite. Éventuellement, si on a encore le temps, on vérifiera si la queue est barrée de noir et la proportion de blanc et de noir dans la pointe des ailes des goélands.
Ici, la tête blanche et grise barrée d'un trait vertical plus foncé en arrière de l'oeil, la nuque plus blanche que le dos et les ailes qui sont d'un gris plutôt pâle et uniforme, le bec rose avec la pointe noire, les pattes roses, la pointe noire des ailes et apparemment pas de noir dans la queue, je dirais une mouette rieuse adulte en plumage internuptial. 
La parole est aux spécialistes.
On peut l'observer au Québec depuis que quelques colonies se sont installées spontanément dans le golfe du Saint-Laurent, mais celle-là est européenne.

Tournepierre à collier, Arenaria interpres, Ruddy Turnstone

Son nom vient de sa capacité à déplacer les petites pierres qui cachent les crustacés dont il se nourrit. On rencontre le Tournepierre à collier sur presque toutes les côtes de la planète. En migration, on peut même l'observer sur les rivages du Saint-Laurent. Celui-ci se trouvait sur une jetée du port de La Haye aux Pays-Bas.
Bien que son rang taxonomique le prive d'intelligence, il sait que la vague est un danger (acquis ou inné ?). Et tout en surveillant l'eau, il cherche sa nourriture. Il est aussi capable d'anticiper la vague. Il sait même adapter sa distance de fuite.
Summum de l'évolution, il y a 10 minutes (heure vidéo), je faisais exactement la même chose pour ne pas mouiller mes chaussures en cherchant des coquillages sur la plage.

Choucas des tours, Corvus monedula, Western Jackdaw

Ce petit frère de la corneille est un autre oiseau commun d'Europe. Peu farouche, le choucas aime vivre à proximité de l'humain. Ses constructions en hauteur lui procure le gîte et ses déchets, le couvert. On peut lire sur certains sites internet d'ornithologie que le choucas est présent en Amérique du Nord. N'exagérons rien ! Ce sont des visiteurs accidentels qui ne survivent pas à leur séjour. Au Québec, on ne rapporte qu'une seule observation documentée d'un individu à Port-Cartier en 1984. 
Le choucas des tours a dans l'oeil une lueur qui peut paraître inquiétante, mais qui est plutôt le reflet de son intelligence. La preuve, il sait non seulement que les yeux d'une autre espèce sont des yeux (a priori, il n'est pas évident que l'anatomie comparative soit une science animale), mais il sait aussi tirer de l'information du regard de l'autre; une faculté qu'on ne reconnaissait récemment qu'aux grands singes comme nous. Ainsi, il peut suivre la direction de votre regard pour localiser une source de nourriture potentielle [Jackdaws Respond to Human Attentional States and Communicative Cues in Different Contexts].
Konrad Lorenz les a beaucoup étudiés et prétend que le divorce n'existe pas chez les choucas. Il est vrai que les activités de la journée, comme la recherche de nourriture, se font en couple. Par contre le soir (en dehors de la saison de reproduction), tous les choucas du coin se regroupent pour échanger les impressions de la journée avant d'aller rejoindre le dortoir, à la manière des corneilles.


Grèbe huppé, Podiceps cristatus, Great crested Grebe

J'avais déjà pu l'observer à une ou deux reprises lors de séjours en France, loin au milieu d'un étang et toujours en plumage internuptial, celui généralement moins coloré que les oiseaux adoptent entre deux saisons de reproduction. Cette fois-ci, à La Haye (Pays-Bas) à la mi-août, une promenade à la recherche d'oiseaux urbains (il y en a toujours plus que l'oeil peut en attraper, dans toutes les villes du monde, même les plus grandes) m'a fait croiser la route d'un couple en plumage nuptial nageant à quelques mètres seulement de moi.
Le grèbe huppé est commun en Europe, et pas farouche. En fait, on le trouve sur tous les continents (selon les saisons) sauf dans les Amériques. Comme les foulques (rallidés), les doigts de ce podicipédidé sont palmés, sans être liés par les palmures.   
L'oiseau est spectaculaire. Certes il en impose par son port de tête et par sa taille - c'est le plus grand des grèbes européens. Mais quand il déploie ses oreillettes et ses aigrettes, alors une seule question demeure: est-ce un prince ou un roi ?

Ouette d'Égypte, Alopochen aegyptiacus, Egyptian Goose

Aux Pays-Bas, où je l'ai rencontrée et où elle est commune, cette apparentée aux oies et aux canards (anatidés) est maintenant chez elle. Originaire d'Afrique sub-saharienne, elle a été introduite en Angleterre au 19ème siècle, aux Pays-Bas, en Allemagne et plus récemment aux États-Unis; on en trouve quelques spécimens à l'état sauvage dans le sud californien.
Après avoir pris le temps de découvrir les paysages de ses pays d'adoption, elle commence à étendre son aire de distribution vers le sud et il parait qu'on peut l'observer en France.

Foulque macroule, Fulica atra, Eurasian Coot

Dans un quartier résidentiel de La Haye (Hollande), un des canaux qui traversent la ville héberge sa part de foulques macroules. La ressemblance avec son congénère américain, le Foulque d'Amérique (Fulica americana),  est frappante. Seuls la taille plus imposante de la plaque frontale de l'espèce européenne et le trait foncé qui barre son bec permettent de les distinguer.
Le Foulque macroule est omniprésent sur les canaux des centres-villes de Hollande; il y niche même. Cet oiseau aquatique appartient comme les poules d'eau à la famille des rallidés.
Les foulques nagent très bien, même si leurs pattes ne sont pas palmées à la manière des anatidés. En effet - on le devine sur la vidéo - les palmures ne sont pas des membranes qui joignent les doigts comme chez les canards, mais plutôt des élargissements de part et d'autres de chaque phalange. 
D'où vient le nom de macroule ? Difficile à dire, mais macroule, ou macrole, est le terme utilisé autrefois pour désigner les macreuses. Est-ce la ressemblance avec le plumage de cet autre oiseau aquatique qui a valu son nom au foulque ?

Colibri à gorge rubis, Archilochus colubris, Ruby-throated Hummingbird

Le 8 septembre 2012. Cette femelle de Colibri à gorge rubis pourrait être la résidente du jardin qui fait des réserves pour son voyage vers l'Amérique du Sud et sa traversée du Golfe du Mexique  ou déjà une voyageuse du Nord qui fait escale ?
Les mâles, quant à eux, semblent partis.

Bruant familier, Spizella passerina, Chipping Sparrow

Avec leur plumage de couleur brune (au Canada) et leur taille, on les prend souvent pour des moineaux. Mais en y  regardant de plus près, on finit par remarquer les détails qui permettent de distinguer les 14 espèces de bruants nicheurs ou hivernants du Québec.  
Ici, un jeune (à droite) accompagné d'un adulte. Légèrement plus petit qu'un moineau, la poitrine uniformément gris-pâle de l'adulte (il faudra me croire sur parole), la ligne noire qui prolonge l'oeil en arrière , le bec rosâtre à noir selon la saison et surtout la calotte rousse sont caractéristiques du Bruant familier, très commun en été et absent en hiver.

La mystérieuse danse des pucerons

Les colonies de certaines espèces de pucerons sont parfois animées d'une onde qui se propage d'un individu à l'autre, à la manière d'une holà. Ce comportement, qui est décrit chez l'espèce Grylloprociphilus imbricator (Puceron fugace du hêtre, en français) et qui lui vaut le surnom anglais de Boogie-Woogie Aphid, serait une réaction à un dérangement ou à un danger. 

Bourdon fébrile, Bombus impatiens, Common Eastern Bumble Bee

Sa fébrilité ne s'exprime que dans la collecte du nectar, car autrement, il est d'un flegme, disons britannique puisque c'est une qualité reconnue des habitants d'Albion...en dehors des terrains de soccer. On peut aller et venir autour des fleurs qu'ils butinent, leur barrer le chemin, les regarder de près;  ils vous ignorent, vous contournent et poursuivent leur labeur. La plupart des butineurs - des cueilleurs, pas des chasseurs - sont ainsi.
J'aimerais beaucoup qu'ils décident de s'installer au jardin et j'entretiens à cette fin un vieux terrier de marmotte probablement disproportionné qui, jusqu'à présent, a beaucoup plus de succès avec ces dernières.  
Pour tout savoir sur les bourdons, il y a un site extraordinaire qui s'appelle Bumblebee.org. La clé d'identification basée sur les patrons de couleurs est particulièrement bien faite et facile à utiliser de mon point de vue d'amateur. Je ne sais pas si elle résiste à  l'analyse des entomologistes. Sur le site de l'insectarium de Montréal, on apprend aussi des tas de choses comme reconnaître un bourdon sur la défensive qui, parait-il, relève sa paire de pattes médiane avant de se tourner sur le dos pour piquer.

Pigeon ramier, Columba palumbus, Common Wood Pigeon

En Amérique du Nord, il existe 4 espèces de pigeons: le Pigeon à couronne blanche dans les keys de Floride,  le Pigeon à bec rouge dans le sud du Texas, le Pigeon à queue barré (ouest du Canada, ouest et centre des États-Unis) et le Pigeon biset, voyageur et ubiquiste.   
Le terme "pigeon" s'applique aux oiseaux de la famille des Colombidés du genre Columba. Dans cette famille, on trouve aussi, en Amérique du Nord, des tourterelles (Streptopelia, Zenaida) et des colombes (Leptotila, Geotrygon et Columbina).
De l'autre côté de l'Atlantique, on peut observer 6 représentants du genre Columba: évidemment le Pigeon biset (Columba livia) qui se décline en version domestique (urbain) et en version sauvage (il habite alors les grottes, les falaises et occasionnellement les villes), mais aussi le Pigeon colombin (partout en Europe), le Pigeon ramier ou Palombe (partout en Europe), le Pigeon trocaz (300 couples endémiques à Madère), le Pigeon de Bolle (endémique et rare aux Canaries) et le Pigeon des lauriers (un autre endémique des Canaries). 
Le pigeon ramier, le plus gros, était  forestier à l'origine. J'imagine que l’avènement des congés payés en 1936 lui a fait découvrir les joies de la baignade et des plages, à l'instar de milliers de travailleurs, car je l'ai trouvé en train d'arpenter les dunes de La Haye. On peut lire qu'il occupe aujourd'hui toute l'Europe à l'exception des endroits où il y a des gels prolongés, de la neige au sol, des chaleurs torrides et de la sécheresse. C'est un bel oiseau; dommage qu'on ne prenne plus le temps de le regarder.


Carte postale de Hollande

Alors que Curiosity atterrissait lourdement sur Mars pour y chercher des traces de vie à grand renfort de propulsion nucléaire, mes pieds nus trébuchaient sur la plage de Scheveningen aux Pays-Bas et j'y trouvais de la vie. Des Corneilles noires (Corvus corone corone) et des naturistes eurent ainsi l'occasion d'observer le passage d'un naturaliste.


Les séjours impromptus et brefs dans des pays à découvrir sont toujours une grande source de frustrations, tant il y a de choses à voir. Dans les vieux pays, le choix entre nature et culture est difficile et la richesse de la culture l'emporte souvent sur la nature, depuis longtemps façonnée. On parcourt l'Histoire en déambulant dans les vieux centres-villes et les musées et, ce faisant, on observe ce que les résidents ne voient plus; la faune et la flore alentours, grande source d'émerveillement pour les yeux neufs des visiteurs du "Nouveau-Monde".
J'aurai l'occasion de revenir plus tard sur quelques observations d'oiseaux très communs en Europe, mais je ne peux m'empêcher de livrer quelques impressions des Pays-Bas; impressions tronquées d'un touriste pressé, qui ne connait de la langue que deux versions de "bonjour" et de "merci". Il faut donc s'en méfier.
Les gens d'abord. Le principal sentiment que m'a inspiré ce pays est que je pourrais y vivre. J'y ai trouvé une grande tolérance. Pas une tolérance feinte comme en Amérique du Nord, qui est plutôt une indifférence favorisée et entretenue par les distances et l'espace. Non, une tolérance sincère qui résiste à l'épreuve de la promiscuité d'une population dense habitant un territoire restreint.
L'été y est bercé par des prestations musicales gratuites livrées dans les parcs municipaux ou sur les canaux, où tout le monde se retrouvent dans une ambiance conviviale, sans bousculade, pour profiter de l'instant.

   
La nature ensuite. Vu d'en haut, je retiens l'immense plage rectiligne que constitue la côte, la faible densité du couvert forestier et l'omniprésence de l'eau. Vu de mon mètre soixante dix, je me considère chanceux d'avoir pu vivre au sec par moins 8 mètre sous le niveau de la mer. Pour le reste, J'ai toujours eu le sentiment que la nature était plus loin de l'humain en Europe qu'en Amérique du Nord. C'est évidemment une question d'histoire, d'occupation et de transformation du territoire. Pour les oiseaux, il faut dire que la période entre la fin de la nidification et le début des migrations était mal choisie. Aussi, je ne m'attendais pas à grand chose et, même si elles sont banales pour un observateur européen, j'ai quand même fait de belles, longues et surprenantes observations.


Autre élément important du décor hollandais, c'est le sable qui se décline autant sous la forme naturelle de plage (il n'y en a qu'une, mais elle est longue), de dunes et de digues protectrices, que sous la forme artificielle de pavés. D'une grande diversité de formes, de coloris et d'agencement, ils sont omniprésents dans le paysage urbain.          

Belle-dame, Vanessa cardui, Painted Lady

Pour observer des papillons, c'est facile et la recette est la même partout dans le monde...sauf là où il n'y en a pas.
Vous choisissez une belle journée, mi-soleil, mi-nuages...pour ne pas avoir trop chaud en les regardant.
Vous cherchez des fleurs, plein de fleurs, avec un peu d'herbes au pied...pour être confortable.
Vous vous asseyez dans l'herbe. Vous pouvez aussi vous allonger, mais vous ne saurez pas si vous les avez vraiment vus ou si vous avez rêvé.
Et puis vous attendez, pas longtemps, juste le temps que votre attention se porte sur eux...parce qu'ils sont déjà là.
Soit dit en passant, le papillon est quand même une drôle de créature. Il sent avec ses antennes, il goûte avec ses pattes et il mange avec sa trompe.

Invitation au voyage

Des broméliacées, une orchidée, Kokopelli l'esprit voyageur et fertile, des geckos qui grimpent aux murs, autant d'impérieuses invocations pour l'esprit anasazi qui, ce matin, chevauchait un rayon de soleil.

Musique: extrait de Dreamscapes - Canyon People, de R. Carlos Nakai

Une bonne année pour les ratons

Après une mère et ses deux petits, ce sont huit ratons laveurs, une mère et sept jeunes, qui sont venus nous rendre visite. Voici quelques extraits des enregistrements de la boîte noire:

Poste frontière: "Signalons l'intrusion de plusieurs ratons laveurs..."


Vigie du patio: "Ici le chat, présence des intrus confirmée. Je transmets aux propriétaires [grognements]..."
Les humains
Elle: "Je crois que le chat a vu quelque chose sur le patio."
Lui: "Ok, je vais chercher ma caméra."



Quelques remarques en vrac:
1- La mère semble veiller à maintenir une certaine distance entre nous. Moi aussi d'ailleurs. Ne confondons pas proximité et promiscuité.
2- C'est certainement de l'anthropomorphisme, mais elle donne l'impression de goûter à la pomme avant de la laisser à sa progéniture. Autre interprétation: elle n'a pas aimé et préfère aller chercher autre chose. Quoiqu'avec sept jeunes, elle a probablement des forces à reprendre.
3- Je tiens également à préciser que le nourrissage des ratons laveurs est une activité exceptionnelle justifiée par les besoins du tournage. Il y a bien assez dans les poubelles pour ne pas alimenter une dépendance qui pourrait être nuisible aux deux parties. À ce propos, ce n'est pas cette année que je goûterai aux gadelles. Je surveillais attentivement leur mûrissage; je n'étais apparemment pas le seul. 1 à 0 pour la nuit.


Mouffette rayée, Mephitis mephitis, Striped Skunk

La vedette du jardin ne quitte pas le lieu sans signer le livre d'or. L'odeur laissée par le frottement de ses glandes anales pourrait se traduire par : "Ici, c'est chez moi." ou "Je suis passé par ici, laissez moi un message, je le reniflerai à mon retour.

Mont Saint-Hilaire

Le mont Saint-Hilaire est une des neuf collines montérégiennes (Québec) qui tracent un pointillé à travers la vallée du Saint-Laurent. Ces intrusions magmatiques mises en relief par l'érosion des sédiments qui les recouvraient sont le résultat du passage d'est en ouest de la plaque continentale nord-américaine au-dessus d'un point chaud.
Les points chauds sont des mouvements de convection du magma vers la croûte terrestre qui se produisent à certains endroits de la planète, un peu à la manière des bulles qui crèvent l'omelette quand on la cuit. Dans le cas des montérégiennes, c'était il y a longtemps, mais à Hawaï ils sont en plein dedans.
Hier, il était temps de renouer avec cette réserve de la biosphère de l'UNESCO. À une heure tardive où  la faune est essentiellement humaine, nous ne nous attendions pas beaucoup plus qu'à la fraîcheur du sous-bois.


Et pourtant, nous y avons entendu un viréo à gorge jaune en montant vers la falaise de Dieppe, vu des grenouilles vertes s'égosiller et trois tritons verts, des "lifers". En redescendant, un cerf de Virginie, seul, est venu nous saluer, l'esprit des lieux probablement.